Le gouvernement Trudeau incapable de donner suite à la motion anti-BDS?

Campaign400x325.pngMontréal, le 31 mars 2016 – Cela fait plus de cinq semaines que le gouvernement libéral majoritaire de Justin Trudeau s’est engagé à condamner tous les groupes et particuliers canadiens qui font la promotion du boycottage d’Israël (c’est-à-dire de BDS[i]) au Canada. Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO) fait remarquer qu’en dépit de l’appui de façade manifesté par les dirigeants libéraux envers la motion à l’époque, les hauts-placés du gouvernement n’ont pas encore condamné un seul groupe ni individu canadien en ce sens. Les dirigeants de CJPMO concluent qu’il en est ainsi parce que soit: 1) le gouvernement libéral n’est pas convaincu du bien-fondé de la motion, soit 2) le gouvernement libéral craint que la motion ne contredise la Charte des droits et libertés du Canada.

CJPMO se demande également si les promoteurs conservateurs de la motion donnent réellement du crédit à celle-ci puisqu’ils n’ont toujours pas obligé le gouvernement à rendre des comptes quant à la réalisation de ses objectifs.

Cette semaine, CJPMO a envoyé des lettres aux députés Justin Trudeau[ii], Stéphane Dion[iii], Tony Clement[iv], Michelle Rempel[v] et Thomas Mulcair[vi] accompagnées de la documentation suivante, qui vise à démontrer la promotion du mouvement BDS par CJPMO au Canada:

  • Des photos du président de CJPMO, Thomas Woodley, en train d’apposer des autocollants « N’achetez pas ce produit : fabriqué en Israël[vii] » sur les marchandises de magasins canadiens.
  • Des détails sur la promotion enthousiaste et de longue date de BDS par CJPMO, y compris des informations et des liens vers son « Centre de boycottage » et sa campagne d’autocollants BDS.
  • Une pétition signée par plus de 3000 Canadiens mettant le gouvernement Trudeau au défi de condamner chacun d’entre eux « individuellement » (conformément à la motion) pour leur promotion du mouvement BDS au Canada.

Dès le 23 février, soit un jour après l’adoption de la motion, Thomas Woodley a demandé au gouvernement Trudeau de le condamner, lui, ainsi que son organisation. « Je me suis rendu compte que d’être condamné par le gouvernement du Canada, simplement pour avoir soutenu les droits de la personne des Palestiniens, pourrait être la chose la plus admirable que je puisse accomplir dans ma vie », a écrit Thomas Woodley dans une lettre au gouvernement. Cinq semaines après l’envoi de cette lettre, le gouvernement n’a toujours pas répondu ni favorablement ni défavorablement. CJPMO est l’un des groupes canadiens les plus actifs en matière de promotion de BDS et il le fait pour encourager Israël à respecter les droits de la personne des Palestiniens[viii].

Compte tenu de la réticence du gouvernement à donner suite à la motion, CJPMO a conclu que celle-ci ne consistait qu’un peu de théâtre politique destiné à marquer des points aux dépens des droits protégés par la Charte canadienne. Dans sa lettre à Justin Trudeau et Stéphane Dion, Thomas Woodley conclut: « Si vous ne comptez pas procéder aux condamnations, faites donc preuve de fermeté et renoncez à la motion anti-BDS. Si vous ne faites rien, vous prouvez alors que l’objectif de la motion était tout simplement de marquer quelques points politiques, aux dépens de notre droit à la liberté d’expression ».



[i] Le boycottage d'Israël est une manière générique de se référer à la campagne internationale BDS (Boycottage, Désinvestissement et Sanctions) lancée en 2005 par la société civile palestinienne. Le mouvement appelle à l’exercice d’une pression économique contre Israël jusqu'à ce que ce dernier 1) mette fin à son occupation militaire des territoires palestiniens, 2) accorde des droits égaux aux citoyens palestiniens d'Israël, et 3) qu’il y ait un règlement de la question des réfugiés palestiniens conformément au droit international et à la résolution 194 de l'ONU.

[ii] Le premier ministre Justin Trudeau, chef du gouvernement, est ultimement responsable de l’adoption de la motion.

[iii] Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a représenté le gouvernement libéral durant le débat sur la motion.

[iv] Tony Clement a été le promoteur conservateur de la motion.

[v] Michelle Rempel a été décrite comme une cosignataire de la motion et s’est fréquemment porté à la défense de la motion au nom du parti Conservateur.

[vi] Thomas Mulcair, chef du NPD et ancien chef de l’opposition, s’est opposé à la motion sur la base du droit à la liberté d’expression protégé par la Charte canadienne.

[vii] Le texte complet de l’autocollant BDS se lit comme suit: « Attention! n’achetez pas ce produit. Fabriqué en Israël : Un pays qui viole le droit international, la 4e Convention de Genève et les droits universels de l’homme. Faites votre part pour les droits de la personne. Boycottez Israël jusqu’à ce qu’il respecte le droit  international. http://bdsmovement.net #BDS »

[viii] Les objectifs déclarés du mouvement BDS, tels qu’on peut les lire sur le site Web du mouvement http://bdsmovement.net sont de « 1) mettre fin à l’occupation [israélienne] et à sa colonisation de toutes les terres arabes et démanteler le Mur, 2) reconnaitre les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité absolue, 3) respecter, protéger et favoriser les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU ». Chaque point correspond presque mot pour mot aux propres positions du Canada, telles que décrites sur le site gouvernemental des Affaires mondiales.

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