Fiche-info 190, publiée en Octobre 2014: Gideon Levy est un  journaliste pour les droits de l’Homme, internationalement reconnu, qui travaille pour le quotidien israélien Ha’aretz. Cette fiche-info examine la vie et la réputation de Levy, ainsi que ce qui le différencie de ses collègues israéliens.

Gideon Levy : journaliste et activiste israélien

Série Fiche-info N.190, créée: Octobre 2014, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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190.jpgQui est Gideon Levy et comment est-il perçu ?

Depuis 30 ans, Gideon Levy est journaliste et activiste en Israël, son pays natal. Ses textes ont paru dans différentes publications, mais plus souvent dans le Haaretz, un journal progressiste israélien pour lequel il est chroniqueur responsable des affaires palestiniennes. Il a également écrit divers livres, dont son plus récent ouvrage, The Punishment of Gaza (2010). Son travail de journaliste lui a par ailleurs valu de nombreux prix : par exemple, en 1996, l'Association for Civil Rights in Israel lui décerne le prix Emil Grunzweig Human Rights. Il fut également lauréat du prix  « journaliste méditerranéen » de la Fondation Anna Lindh pour sa couverture de l’offensive israélienne contre Gaza en 2008 de même que du Peace Through Media Award en 2012.

Au cours de sa longue carrière, M. Levy a consacré ses reportages aux nouvelles concernant les territoires palestiniens occupés militairement par Israël. Son objectif était de « décrire la croissante - et toujours plus rapide - escalade de crimes de guerre [israéliens] et de violations des droits de la personne, à Gaza et en Cisjordanie[i]. » C’est cette focalisation sur les territoires palestiniens occupés qui lui vaut la colère du public israélien  à son égard. En 2008, lors d’une interview au journal britannique The Independent, Levy fut identifié comme « l’homme le plus détesté en Israël », une accusation qu’il avait jugé infondée à l’époque[ii]. Toutefois, à la suite de ses reportages sur les récentes attaques israéliennes à Gaza en juillet et août 2014, Levy a admis que ce titre est probablement approprié aujourd’hui. Mais pourquoi, se demande-t-il, est-ce lui qu'on blâme et non pas le journal qui publie ses textes[iii] ?

 

Qu’est-ce qui rend le journalisme de Gideon Levy si unique ?

En 1982, Gideon Levy a amorcé sa carrière de journaliste au sein du Haaretz. Fils de refugiés tchèque et allemand qui avaient fui les nazis en 1939, il fut élevé selon ce qu’il décrit comme étant la mentalité israélienne conventionnelle et « dominante ». D’après ce discours, Israël existait sous une menace constante et les Palestiniens étaient un peuple invisible. Pendant son service militaire, il a commencé à travailler pour la radio de l’armée israélienne, où il a fait ses premiers pas comme journaliste. C’est ainsi qu’il a pris contact avec les Palestiniens et leurs histoires[iv].

Ces rencontres avec les Palestiniens qui vivaient sous l’occupation lui ont donné accès aux deux perspectives du conflit. Cela fut important pour mettre en lumière ce qu’il décrit comme étant une « cécité morale » de la société israélienne dont les citoyens ignoraient les atrocités commises par l’occupation israélienne seulement à quelques kilomètres de chez eux[v]. En 1988, Gideon Levy a commencé à tenir la chronique « Twilight Zone » pour le journal Haaretz. Cette chronique documentait soigneusement la lutte des Palestiniens ainsi que les histoires très personnelles qui se trouvaient derrière. Par exemple, il s’est fait un devoir de raconter comment l’occupation avait divisé des familles et séparé de jeunes couples. En réhumanisant les Palestiniens, M. Levy tente de rapporter au public israélien les rencontres qui l’ont tellement changé. Ainsi, il espère dénoncer ce qu’il considère comme « un échec moral profond » de la part de ses compatriotes[vi].

Alors que la majorité des Israéliens justifient l’occupation sous de vagues prétextes de « sécurité », M. Levy appelle à une responsabilisation à l’échelle nationale. Il considère que la violence d’extrémistes palestiniens est une conséquence directe de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Favoriser la responsabilisation au sein de la société israélienne pour les actions commises par son pays – plutôt que de blâmer les autres – est l’objectif de Gideon Levy en tant que « journaliste activiste ». C’est surtout cela, plus que toute autre chose, qui le distingue de la majorité des Israéliens (et des journalistes israéliens) des deux côtés de l’échiquier politique.

 

Qu’est-ce que la « vraie amitié » avec Israël selon M. Levy ?

Gideon Levy considère être un patriote israélien. Il souligne qu’il croit fermement en ce qu’Israël pourrait devenir si jamais le pays décidait de prendre une approche plus « juste[vii] ». Son patriotisme se fonde sur une critique constructive qu’il compare à une bonne amitié. Selon lui, seuls « ceux qui se prononcent contre les politiques israéliennes – qui dénoncent l’occupation, les blocus et la guerre – sont les vrais amis de la nation[viii] ». Pour M. Levy, cette responsabilité n’incombe pas qu’aux Israéliens, mais à toute la communauté internationale. En 2010, lors d’une tournée de conférences au Canada, Gideon Levy a souligné l’étroite relation qu’entretiennent le Canada et Israël. Il a cependant soulevé que si le Canada souhaitait être un véritable ami d’Israël, ce pays devrait être beaucoup plus critique à l’égard de la politique israélienne, notamment en ce qui concerne l’occupation militaire des territoires palestiniens[ix].

 

Gideon Levy a-t-il participé à une émission de téléréalité israélienne ?

Oui. En 2012, M. Levy a pris part à l’émission de téléréalité Mehubarim (littéralement « connecté », en hébreu). L’émission est un documentaire dramatisé où l’on suit la vie de cinq personnalités en Israël. La saison à laquelle M. Levy a pris part incluait aussi un humoriste, un animateur, un écrivain et un représentant de colons israéliens. Les participants recevaient une caméra pour filmer leur vie et leurs interactions selon les directives des créateurs de l’émission. Gideon Levy a décrit son intérêt d’y participer comme un défi personnel et une aventure. Mais il s’agissait également d’une occasion de se présenter au public israélien, lui qui est une personnalité notoire, mais plutôt mal comprise. Bien que son journalisme soit reconnu pour sa critique du gouvernement israélien, cette téléréalité lui a permis de montrer le côté privé de sa vie : ses activités ordinaires, familiales, ses visites dans les territoires occupés. M. Levy voyait ainsi dans cette émission, une occasion d’apporter son message politique au public israélien d’une manière très personnelle[x].

 

Qu’est-ce que M. Levy attend de l’avenir ?

En ce moment, Gideon Levy est très peu optimiste quant à une résolution du conflit. Il reconnaît que la société israélienne soutient toujours fermement la poursuite de l’occupation militaire et la colonisation des territoires palestiniens. Quoi qu’il en soit, M. Levy affirme qu’il continuera à faire ses reportages et à plaider en faveur d’une réelle responsabilisation d’Israël, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.


[i] Levy, Gideon. The Punishment of Gaza. London: Verso, 2010, p. xi.

[ii] Hari, Johann. « Is Gideon Levy the most hated man in Israel or just the most heroic ». The Independent, September 2010.

[iii] Cronin, David. « A rare Voice of Courage: Gideon Levy Interviewed ». The Electronic Intifada. March 2010.

[iv] Hari, Johann. Ibid. 2010.

[v] Johal, Am. « Moral Blindness: Interview with Gideon Levy ». Rabble, September 2010.

[vi] Levy, Gideon. Ibid, p. 116.

[vii] Levy, Gideon. Ibid, p. 6.

[viii] Levy, Gideon. Ibid, p. x.

[ix] Johal, Am. « Moral Blindness: Interview with Gideon Levy ». Rabble, September 2010.

[x] Levy, Gideon. « Gideon Levy: Now a Reality TV Star ». Haaretz. July 2012.

 

 

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