Fiche-info 182, publiée en novembre 2013: Cette fiche donne un aperçu de l’histoire de la population indigène en Palestine, de l’empire Ottoman à 1947.

La démographie de la Palestine historique

Série Fiche-info N.182, créée: Novembre 2013, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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182a.jpgExistait-il une population indigène en Palestine avant 1948 ?

Oui. Les deux populations indigènes de la Palestine historique (une majorité arabe et une minorité juive) y ont vécu dans une paix relative pendant des siècles avant la Nakba et la création de l'État d'Israël. Pourtant, si on se fie au récit de l’implantation sioniste, la Palestine apparait vide de toute population, à l’exception peut-être d’une ancestrale communauté juive[1]. Ce mythe a fortement encouragé l’émigration juive vers la Palestine historique. Malheureusement, il a également pavé le chemin à une des plus importantes dépossessions de l’histoire moderne. Les statistiques démographiques de la Palestine avant 1948 permettent de remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne cette fausse idée.

 

Quelle était la démographie de la Palestine sous le règne ottoman ?

Des statistiques peu fiables : L’Empire ottoman a régné sur le territoire palestinien de 1517 à 1917. Il est difficile d’estimer la population en “Palestine” ottomane pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’y avait pas de district administratif couvrant exactement la Palestine. Ensuite, de nombreux habitants évitaient le recensement turc pour échapper aux taxes, pour contourner la conscription militaire et pour esquiver les questionnements pour résidence illégale. Enfin, les données de recensement n’incluaient ni les Bédouins ni les étrangers. Ainsi, les sujets ottomans, qu’ils soient des soldats, des représentants officiels ou des marchands, n’étaient pas pris en compte dans les recensements.

Selon le recensement de 1871-1872, la population totale de la Palestine (excluant les Bédouins) aurait été de 381 954 habitants[2]. Parmi ceux-ci, environ 85 % étaient musulmans (les Druzes étaient aussi comptés dans cette catégorie par les Ottomans), 11 % étaient Chrétiens et 4 % Juifs[3]. Bien que ces chiffres restent des estimations, ils montrent l’existence d’une population palestinienne et, qui plus est, d’une population dynamique.

Une population dynamique : En effet, de la fin des années 1860 au début des années 1880, la Palestine connut une croissance de la population, pour atteindre une population de 470 000 habitants environ en 1882. Cette hausse concordait avec un plus grand sentiment de sécurité en Palestine (à l’exception de la période de la guerre des Balkans en 1876-1878), une extension de la production agricole, une augmentation conséquente de la valeur des exportations et de meilleures conditions sanitaires et médicales. Du fait de ce développement économique et de la pénétration européenne dans la région, les villes changèrent et des activités de construction à grande échelle prirent place notamment à Jérusalem, Bethléem, Jaffa et Haïfa[4].

Le début de l’immigration juive : L’immigration juive débuta en Palestine vers la fin du XIXe siècle. Les deux premières vagues amenèrent environ 55 000 à 70 000 Juifs entre 1882 et 1914, principalement des Russes qui fuyaient l’antisémitisme[5]. Ces migrations, bien que significatives par rapport à la population totale de la Palestine, ne constituaient qu’une faible portion des mouvements migratoires transocéaniques juifs[6]. À la veille de la Première Guerre mondiale, la communauté juive s’élevait à 80 000 membres, sur une population totale d’environ 738 000 individus[7].

Le mandat britannique : À la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman fut disloqué et la Palestine placée sous mandat britannique par la Société des Nations. Cela signifie que le territoire était sous la tutelle administrative de la Grande-Bretagne. Le mandat britannique prit fin le 14 mai 1948.

 

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* Les pourcentages indiquent la proportion de Juifs dans la population totale.

** L’ensemble de la population palestinienne diminue entre 1914 et 1918 en raison de la guerre et de la famine qui la suivit.

Sources : Scholch (1985) pour la population arabe entre 1872 et 1882, McCarthy (2001) pour la population arabe entre 1890 et 1948 et Gresh et Vidal (2011) pour les chiffres sur la population juive.

 

Quelle était la démographie de la Palestine sous le mandat britannique ?

Un changement démographique : Un des faits marquants des premières décennies du XXe siècle est l’augmentation progressive de l’émigration juive en Palestine, légitimée par la Déclaration Balfour de 1917[8]. Cette immigration se fera plus importante en particulier durant les années 1930, avec la victoire du nazisme en Allemagne. Cela entraînera une modification de la composition de population palestinienne, les Juifs y occupant une part de plus en plus grande, comme on peut le voir dans le tableau ci-dessus.

La population arabe augmenta aussi durant cette période. Cette croissance est attribuée à un taux de naissance élevé et au recrutement britannique de travailleurs étrangers venus de la Syrie et de la région transjordanienne (l’actuelle Jordanie) et attirés par des salaires avantageux.

Si les données des Britanniques sont généralement meilleures que celles recueillies sous l’Empire ottoman, les statistiques sont moins fiables après le recensement de 1931, en raison des troubles civils, puis du manque de moyens investis lors de la Deuxième Guerre mondiale[9].

 

Quels sont les principaux développements démographiques en Palestine depuis 1947 ?

La Nakba et la négation du droit au retour : En 1947-1948, lors de la Nakba, près des deux tiers des Palestiniens fuirent ou furent forcés d’abandonner leur foyer et la moitié des villageois furent dépossédés de leur terre[10]. Peu d’entre eux purent rentrer chez eux après la guerre, même si ce droit au retour, devrait leur être garanti. Ce droit a notamment été reconnu par la résolution 194 de l’Assemblée des Nations Unies, puis réaffirmé dans les résolutions 394, 513 et 3236 de la même assemblée. De plus, selon l’article 13.2 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ». Dans certains cas, comme dans la région d’Acre, des vidéos britanniques montrent que le retour a été possible pour une partie de la population[11]. Il existe cependant peu d’information à ce sujet et cela semble constituer l’exception.

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Source : Institut de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe. Palestiniens. [En ligne]. http://www.medea.be/fr/pays/territoires-palestiniens-occupes-tpo/palestiniens/ (page consultée le 28 mai 2013).

Aujourd’hui, le peuple palestinien compterait environ 10 millions de personnes[12], réparties à travers le monde. Selon les estimations de 2013, 1 763 387 d’entre eux résident dans la bande de Gaza et 2 676 740 en Cisjordanie[13]. Près de 5 millions de Palestiniens seraient réfugiés selon les chiffres de l’UNRWA, dont 1,5 million vivrait dans des camps (en Cisjordanie, à Gaza, en Jordanie, en Syrie et au Liban)[14]. Il est difficile de recenser l’ensemble de la population palestinienne, puisque de nombreux Palestiniens sont établis depuis plusieurs générations maintenant dans des pays étrangers.

 

Estimation de la population palestinienne dans

le monde, par pays de résidence en 2010

Population

Pourcentage

Pays

4 108 631

37,5

Territoires palestiniens

1 360 214

12,4

Israël

4 876 489

44,4

Pays arabes

626 824

5,7

Autres pays

10 972 158

100

Total

Source : Palestinian Central bureau of Statistics. Estimated Number of Palestinians in the World by Country of Residence, End Year 2010. [En ligne]. http://www.pcbs.gov.ps/Portals/_Rainbow/Documents/PalDis-POPUL-2010E.htm (page consultée le 20 juin 2013).

 

Colonies illégales : Depuis 1967, les gouvernements israéliens successifs ont encouragé les juifs israéliens à instaurer des colonies illégales dans les territoires palestiniens occupés. À l’heure actuelle, plus d’un demi-million de colons vivent à Jérusalem-Est et ailleurs en Cisjordanie, modifiant ainsi radicalement la composition démographique.



[1] Raz-Krakotzkin, Amnon. Exil et souveraineté. Judaïsme, sionisme et pensée binationale. Paris : La Fabrique Éditions, 2007, p.112.

[2] Scholch, Alexander. 1985. « The Demographic Development of Palestine, 1850-1882 ». International Journal of Middle East Studies. Vol. 17, no.4 (novembre), p. 485.

[3] Scholch, Alexander. 1985. p. 488.

[4] Scholch, Alexander. 1985 p. 503-504.

[5] Gresh, Alain et Dominique Vidal. Les 100 clés du Proche-Orient. Paris : Fayard, 2011, p.71.

[6] Ibid.

[7] McCarthy, Justin. 2001. Palestine’s Population during the Ottoman and the British Mandate. [En ligne]. http://www.palestineremembered.com/Acre/Palestine-Remembered/Story559.html (page consultée le 24 mai 2013).

[8] Dans une lettre rédigée en 1917, Lord Balfour stipulait l’accord de la Grande-Bretagne à l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, tout en garantissant « que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine ».

[9] McCarthy, Justin. 2001. Ibid.

[10] Hourani, Albert. 1993. Histoire des peuples arabes. Paris : Points, p.475 et 493.

[11] British Pathé. Acre AKA Refugees 1950. [En ligne]. http://www.britishpathe.com/video/acre-aka-arab-refugees (page consultée le 28 mai 2013).

[12] Palestinian Central bureau of Statistics. Estimated Number of Palestinians in the World by Country of Residence, End Year 2010. [En ligne]. http://www.pcbs.gov.ps/Portals/_Rainbow/Documents/PalDis-POPUL-2010E.htm (page consultée le 20 juin 2013).

[13] CIA. « West Bank ». The World Factbook. https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/we.html (page consultée le 27 mai 2013) et CIA. « Gaza Strip ». The World Factbook. https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/gz.html (page consultée le 27 mai 2013).

[14] UNRWA. In Figure. As of 1 Jan 2013. [En ligne]. http://www.unrwa.org/userfiles/2013042435340.pdf (page consulté le 20 juin 2013).

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