Fiche-info 138, publiée en octobre 2011 : Le mouvement « Occupons Wall Street » est un mouvement qui a été créé à New York mais qui s’est rapidement répandu. Ce document revient sur les origines du mouvement « Occupons» et sur les revendications des protestataires.

Le mouvement « Occupons Wall Street »

Série Fiche-info N.138, créée: Octobre 2011, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
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138.pngQu’est-ce que le mouvement « Occupons Wall Street »?

Le mouvement Occupons Wall Street ou, simplement, « Occupons » (parce qu’il s’est répandu bien au-delà de Wall Street et de la ville de New York), est un phénomène qui prend rapidement de l’ampleur et qui a débuté par une série de manifestations au cœur de Wall Street, quartier financier de New York. Les manifestations et l’occupation ont généralement été pacifiques, bien qu’au départ il y ait eu plusieurs arrestations, et des accusations de brutalité policière. La célèbre auteure et militante canadienne Naomi Klein était parmi les manifestants arrêtés à New York lors des premières manifestations[1].

Les protestations Occupons Wall Street ont été initiées par divers groupes, dont l’organisation militante canadienne Adbusters[2], US Day of Rage, Anonymous, l’Assemblée générale de NY, une coalition d’étudiants, d’artistes et de militants. Les décisions sont prises de facto par l’Assemblée générale, qui s’autoproclame « un système modifié et fondé sur le consensus, horizontal, autonome, sans dirigeant et enraciné dans la pensée anarchiste » et se dépeint comme un cousin des mouvements sociaux récents à travers le monde (celui de la place Tahrir en Égypte, par exemple)[3].

Les protestations de Wall Street, qui ont été imitées à vaste échelle et s’étendent actuellement à 1500 villes à travers le monde[4], s’attaquent à un éventail de questions qui touchent principalement les inégalités sociales et économiques, l’avidité des entreprises, ainsi que la puissance des sociétés et leur influence sur les gouvernements, en particulier  celle provenant du secteur des services financiers.

Le slogan des protestataires, « Nous sommes les 99 % », fait référence à l’écart de richesse entre le 1 % de la population qui est au sommet – et qui semble détenir tout le pouvoir – et le reste de la société.

Au Canada, des mouvements « Occupons » se sont établis dans plus de 20 villes[5], accompagnés de manifestations dans les quartiers financiers et d’« occupations » permanentes, dont celle du Square Victoria, à Montréal.

 

138b.jpgQue demandent les protestataires?

On a reproché au mouvement « Occupons » son manque d’objectifs structurés ou de demandes formelles[6]. Certains de ses opposants ont même tenté de salir les protestataires en les qualifiant d’antisémites[7]. D’autres voient la mouvance comme un « réveil démocratique » dont les visées sont difficiles à énoncer en quelques requêtes. Bien que l’Assemblée générale à New York s’efforce de formuler des demandes spécifiques, elle a réagi aux critiques en affirmant que son but n’est « pas tant de faire adopter une quelconque loi ou de démarrer une révolution, mais de créer une forme d’action collective ». Les organisateurs ont également fait savoir clairement qu’ils cherchaient à lancer un mouvement mondial qui pourrait plausiblement former une nouvelle base d’organisation politique[8].  

 

Au-delà de la critique du mouvement « Occupons » pour son manque d’objectifs structurés et de demandes spécifiques, il appert que les protestataires (des citoyens ordinaires) sont motivés par un malaise généralisé et une frustration quant à leur incapacité d’influencer leurs gouvernements par les méthodes conventionnelles, telles que le passage aux urnes.

Le mouvement fait écho à ceux qui sentent que les gouvernements sont pris en otages par un secteur des services financiers corrompu et par les agissements des lobbyistes aux poches trop profondes. Selon le journaliste américain Chris Hedges, lauréat du Prix Pulitzer, les protestataires savent exactement ce qu’ils veulent : « [traduction] Ils veulent renverser le “coup d’État des entreprises”. Ils veulent que les élites se retirent[9] ». Ils souhaitent un changement du système – ou ce que Karl Marx aurait appelé une « révolution ». En parlant des protestataires aux États-Unis, Hedges a affirmé que le programme des Américains – ou du moins, de 99 % d’entre eux – avait été détourné. À titre d’exemple, il cite le sauvetage financier du gouvernement fédéral, qui a été approuvé parce que l’industrie des services financiers le souhaitait, et les guerres en Irak et en Afghanistan, qu’un gouvernement démocrate élu avec une plateforme d’opposition à ces guerres a tout de même choisi de poursuivre. « Les lobbyistes rédigent nos projets de loi, dit Hedges, au diable les citoyens[10]. » À son avis, le mouvement « Occupons » est né de la frustration des citoyens ordinaires, qui ont déterminé que le seul chemin vers l’avant est la désobéissance civile.  

Les déclarations et pancartes des organisateurs permettent d’emblée de déterminer certaines demandes des participants au mouvement « Occupons » :

  • Renverser le coup d’État des entreprises, ces dernières ayant volé aux gouvernements leur pouvoir.
  • Rendre responsable les auteurs de fraudes d’entreprises.
  • Mettre fin à « l’identité individuelle » des entreprises.
  • Réformer le système économique pour que les 99 % en bénéficient.
  • Démanteler le complexe militaire-industriel, qui perpétue la guerre pour en tirer profit.
  • Séparer la politique des « gros sous ».
  • Offrir des soins de santé abordables.
  • Fournir l’éducation pour tous.
  • Fournir des emplois pour tous.
  • Équilibrer les politiques étrangères, en particulier en ce qui concerne les droits de la personne et les libertés civiles.

Bien que la plupart de ces demandes aient une résonance à l’échelle mondiale, certaines d’entre elles sont moins significatives pour les Canadiens que pour les Américains – celles concernant les soins de santé, par exemple. D’autres ont une plus grande importance, dont celles touchant les politiques étrangères. Par exemple, la majorité des Canadiens soutiennent l’adhésion de la Palestine à l’ONU et une solution à deux États à l’actuel conflit israélo-palestinien, basée sur les frontières de 1967. Le gouvernement canadien refuse cependant obstinément d’écouter ses propres citoyens quant à cet enjeu.

 

Qu’arrivera-t-il si le mouvement « Occupons » se poursuit?

Jusqu’à présent, il n’y a pratiquement pas eu de réaction au mouvement « Occupons » au Canada. Le ministre des Finances Jim Flaherty a discrédité les protestations liées au mouvement en les qualifiant de désorganisées, s’interrogeant sur leur objectif. Brian Topp, candidat à la direction du NPD, a toutefois profité du mouvement pour appeler à une augmentation des impôts des entreprises et des riches[11].

Bien que les autorités policières et municipales soient généralement tolérantes face à l’occupation des parcs municipaux, certains signes laissent croire que cela pourrait changer. À Oakland, le 25 octobre, les policiers ont dispersé une importante manifestation « Occupons » au moyen de gaz lacrymogènes et de grenades aveuglantes. Quatre-vingt-cinq personnes ont été arrêtées sur le site d’occupation d’Oakland.

Chris Hedges, qui a couvert les révolutions en Europe de l’Est et dans les Balkans, a affirmé dans une entrevue à CBC se souvenir d’une discussion qu’il a eue avec des Allemands en 1989. Certains d’entre eux croyaient qu’en moins d’un an, ils verraient peut-être un passage libre entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest. Quelques heures plus tard, le mur de Berlin n’était plus. « Les mouvements, dit-il, prennent une forme qui n’appartient qu’à eux[12]. » Il est tout simplement impossible de prédire l’avenir.



[1] http://www.guardian.co.uk/world/2011/oct/19/naomi-wolf-arrested-occupy-wall-street

[2] http://www.adbusters.org/

[3] Page FAQ d’Occupy Toronto. http://www.occupytoronto.com/occupy-wall-st-faqs.html

[4] http://www.occupytogether.org/faq/

[5] Une liste est mise à jour au http://occupyto.org/global-directory/

[6] Voir, entre autres, Lacey, Marc, « Countless grievances, one thread: we’re angry », New York Times, 17 octobre 2011.

[7] Rosenberg, M.J., « Occupy protest critics exploit anti-semitism », Al Jazeera, 16 octobre 2011.

[8] Page FAQ d’Occupy Toronto. http://www.occupytoronto.com/occupy-wall-st-faqs.html

[9] http://www.cbc.ca/day6/blog/2011/10/21/comment-chris-hedges-on-occupy/

[10] Ibid.

[11] « Reaction roundup: Local media have a difficult time saying anything about Occupy Toronto », Toronto Life Daily,

http://www.torontolife.com/daily/informer/the-new-normal/2011/10/17/reaction-roundup-occupy-toronto/

[12] Ibid.

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