Fiche-info 81, publiée en juin 2010: Cette fiche-info revient sur l’attaque israélienne contre la flottille d’aide humanitaire pour Gaza en mai 2010. Depuis 2007, Israël a renforcé le blocus sur la bande de Gaza ce qui a déclenché une crise humanitaire et économique. Les violentes attaques d’Israël à l’encontre du convoi de bateaux d’aide humanitaire ont provoqué la mort de neuf activistes (huit turcs et un américain).  L’attaque sanglante des commandos israéliens a suscité un véritable tollé à travers le monde et a fait naître une vague de protestation sans précédent contre le blocus de Gaza.

L’attaque israélienne contre la flottille d’aide humanitaire pour Gaza

Série Fiche-info N.81, créée: Juin 2010, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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fs81.pngQu'est-ce que la Flottille de la liberté pour Gaza?

La Flottille de la liberté était un convoi composé de six bateaux[1] chargés d’environ 10 000 tonnes d’aide humanitaire destinée à la population de Gaza. Cette aide comprenait, entre autres, des fournitures médicales, des matériaux de construction incluant des sacs de ciment, des fournitures scolaires, des jouets, des fauteuils électriques et des maisons préfabriquées. Toutes ces marchandises sont interdites d’entrée à Gaza en raison du blocus presque total imposé par Israël depuis la prise du pouvoir par le Hamas en juin 2007.

682 personnes originaires de 42 pays prenaient place à bord du convoi,[2] dont trois Canadiens (Kevin Neish, Rifat Audeh et Farooq Burney.) Parmi les passagers se trouvaient des intellectuels, des journalistes, des parlementaires européens et arabes, des représentants religieux et des membres d’ONG internationales. Hedy Epstein, survivante de la Shoah et membre de l’International Solidarity Movement, Mairead Corrigan Maguire, prix Nobel de la Paix 1976, Henning Mankell, auteur de romans policiers suédois et Hilarion Capucci, ancien archevêque catholique grec de Jérusalem étaient à bord.

 

Qui étaient les organisateurs de la flottille et quels étaient leurs objectifs?

Le convoi fut organisé par la Coalition de la flottille de la liberté, qui comprend le mouvement Free Gaza, la Campagne européenne pour la fin du siège de Gaza (ECESG), l’ONG turque Insani Yardim Vakfi (IHH), l’Organisation Perdana pour la paix mondiale, les ONG grecque et suédoise Bateau pour Gaza, et le Comité international pour la levée du siège de Gaza.[3] Selon le mouvement Free Gaza, l’objectif de la traversée était de briser le siège illégal de Gaza en y acheminant du matériel humanitaire par voie maritime. Ce faisant, il cherchait également à éveiller la conscience internationale au sujet du blocus israélien: « Nous voulons pousser la communauté internationale à revoir sa politique de sanctions et à mettre fin à son soutien à l’occupation continue israélienne ».[4] La Flottille de la liberté était la 9ième traversée organisée par le groupe.[5]

 

Comment s'est produit l'assaut d’Israël contre le convoi humanitaire?

L’assaut d’Israël contre le convoi humanitaire s’est produit le lundi 31 mai vers 4h30 du matin dans les eaux internationales de la Méditerranée, à environ 70 miles nautiques au large de Gaza. Une trentaine de zodiacs israéliens transportant chacun une dizaine de soldats lourdement armés avaient encerclé la flottille et commencé à tirer en direction du bateau turc, le Mavi Marmara. Au même moment, trois hélicoptères avaient pris position au dessus du bateau et des soldats en descendaient tout en tirant vers le pont.[6] À bord du Mavi Marmara, le journaliste d’Al Jazeera English Jamal Elshayyal a déclaré qu’il ne faisait aucun doute de ce qu’il avait vu « que des balles réelles ont été tirée avant qu’un quelconque soldat israélien n’ait été sur le pont », précisant que deux personnes avaient ainsi trouvé la mort.[7]

Selon Kevin Neish, l’un des Canadiens à bord du Mavi Marmara, les commandos israéliens ont commencé à tiré de leurs hélicoptères sans avertissement des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des balles en acier recouvert de caoutchouc, avant de passer aux balles réelles. Ayant réussi leur descente sur le pont supérieur du bateau malgré la résistance des passagers, deux commandos israéliens ont initialement été fait prisonnier par les activistes, désarmés et conduit à l’infirmerie. L’attaque a cependant continué férocement pendant environ une demi-heure, malgré les drapeaux blancs brandis par les activistes et les demandes de cessez-le-feu, après quoi les soldats israéliens ont pris le dessus et le capitaine du bateau a annoncé aux passagers qu’ils ne se rendaient plus à Gaza. Tous furent alors priés de se rendre au salon des passagers.[8]

Huit ressortissants turcs et un turco-américain ont été tués par les commandos israéliens durant le raid, et une cinquantaine de civils blessés, dont certains très sévèrement.

Rifat Audeh, un autre Canadien à bord du Mavi Marmara, résume les conditions de captivité sur le bateau après l’abordage israélien: « Ils ont battus plusieurs d’entre nous, ils nous ont attaché les mains, il ne nous était pas permis d’aller aux toilettes, [ni] de dormir ou bouger, on nous a à peine donné de quoi à manger ».[9] Haneen Zoubi, une député palestinienne à la Knesset ayant pris part à la flottille, a affirmé que les soldats ont refusé d’offrir l’aide médicale nécessaire à plusieurs des activistes blessés malgré son insistance et que certains en étaient morts.[10] Tous les équipements de communication, les caméras et les cartes mémoires des activistes ont été confisqués par les soldats israéliens. Le matériel est toujours en possession du gouvernement israélien et on allègue que celui-ci aurait remanié certaines portions pour les distribuer à ses fins.[11] Dans son rapport, IHH résume ainsi les violations de la part d’Israël: obstruction et rupture des communications; questionnement et arrestation illégale des passagers; confiscation de passeports; saisie de bateaux et d’aide humanitaire; saisie et destruction des biens personnels des passagers; torture, humiliation, mauvais traitement et abus physique des passagers.[12]

Après de longues heures d’attente, les passagers ont finalement été conduits au port d’Ashdod (Israel), puis à la prison de Beershiva. Neish raconte que les conditions en prison étaient primitives et inhumaines, incluant le manque de nourriture, la privation de sommeil et l’usage de la violence durant les interrogations.  Neish a remarqué que les activistes arabes et turcs recevaient les pires traitements.[13] Israël, sous le coup d’une forte pression internationale, a ensuite accéléré la déportation des passagers. La plupart des gouvernements étrangers avaient appelés à la libération immédiate de leurs ressortissants.

 

Quelles ont été les réactions de la communauté internationale?

L’attaque sanglante des commandos israéliens a suscité un véritable tollé à travers le monde et a fait naître une vague de protestation sans précédent contre le blocus de Gaza mis en place par Israël en 2007. Le Secrétaire des Nations Unies Ban Ki-Moon s’est dit « choqué » par l’attaque israélienne et a réclamé une enquête complète sur les événements. Dans la foulée, les 15 membres du Conseil de sécurité ont condamné l’interception israélienne du convoi humanitaire, demandé l’ouverture d’une enquête prompte, transparente, crédible et impartiale dans le respect des normes internationales, et appelé Israël à lever le blocus de Gaza.[14]

Les États européens ont également condamné le raid israélien: « totalement disproportionné », « grave et préoccupant » (Espagne), « une réponse totalement inacceptable » à une mission humanitaire (Irlande et Grande-Bretagne). L’Allemagne, la Belgique, la France et le Portugal ont jugé l’assaut « disproportionné » et l’Italie a « déploré » le « meurtre de civils ». Moscou a jugé que l’assaut constituait « une violation grossière des normes du droit international », tandis que Pékin se disait « choqué ». Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a qualifié l’opération de « massacre » et a demandé à Washington d’intervenir rapidement pour stopper les « crimes israéliens ».[15]

Encore plus inquiétant pour Israël est de voir sa relation autrefois étroite et stratégique avec la Turquie (les deux États sont liés par des accords de coopération militaire depuis 1996) fortement endommagée par l’attaque contre le Mavi Marmara et la mort des neuf ressortissants turcs. La relation entre Tel Aviv et Ankara, déjà été malmenée par l’offensive de l’hiver 2008-2009 contre Gaza, pourrait se voir altérée de manière permanente. Le premier ministre turc Recep Erdogan a accusé Israël de « terrorisme d’État inhumain »[16], a depuis rappelé son ambassadeur à Tel Aviv, et a fermé son espace aérien aux avions militaires d’Israël en signe de représailles. D’autant plus qu’Israël refuse toujours les excuses officielles réclamées par la Turquie, de même que l’enquête internationale sur le raid.  Israël refuse aussi les dommages pour les familles des victimes et la libération des trois navires turcs saisis pendant l’opération.[17]

 

Quelle est la position du Canada par rapport à l'attaque israélienne?

À l’instar des États-Unis, le Canada s’est contenté de regretter les pertes de vie et les blessures causées, mais n’a pas dénoncé le raid israélien.[18] À aucun moment le Canada n’a demandé le retour rapide des trois ressortissants canadiens. « Le Canada ne croit pas qu’il soit nécessaire de faire beaucoup de bruit dans ce cas-ci », expliquera le ministre d’État aux Affaires étrangères, Peter Kent. [19]



[1] Au départ, le convoi était formé de huit bateaux immatriculés dans différents pays et appartenant à différents organisateurs. Six arriveront à temps au point de rencontre à Chypre le 29 mai et seront ensuite arraisonnés durant leur traversée vers Gaza à l’aube du 31 mai. Le septième bateau (le Rachel Corrie), retardé à la suite d’ennuis mécaniques, sera arraisonné le 5 juin, et le huitième abandonnera le voyage à Chypre.

[2] “Israel transfers hundreds of Gaza flotilla activists to airport for deportation,” Haaretz.com, 1er juin 2010.

[3] « La «flottille de la liberté»: six bateaux pour aider Gaza », Cyberpresse.ca, 31 mai 2010.

[4] « Notre mission », The Free Gaza Movement, 30 janvier 2009.

[5] “Ninth Trip to Gaza in May 2010,” The Free Gaza Movement.

[6] “Palestine Our Route, Humanitarian Aid Our Load: Flotilla Campaign Summary Report”, Insani Yardim Vakfi (IHH), p. 21.

[7] “Interview with Jamal Elshayyal,” Al Jazeera English, 3 juin 2010.

[8] “Surviving the Gaza Aid Flotilla Attack –Canadian Kevin Neish,” CJPME, juin 2010.

[9] “Canadian activist vows to keep running Gaza blockade,” CTV.ca, 2 juin 2010.

[10] Rachel Shabi, “Gaza flotilla activist faces death threats,” Guardian.co.uk, 3 juin 2010.

[11] “CPJ denounces Israel’s use of footage seized in flotilla raid,” Committee to Protect Journalists, 3 juin 2010.

[12] Palestine Our Route, Humanitarian Aid Our Load: Flotilla Campaign Summary Report”, Insani Yardim Vakfi (IHH), p. 34-35.

[13] “Surviving the Gaza Aid Flotilla Attack –Canadian Kevin Neish,” CJPME, juin 2010.

[14] « Le Conseil demande une enquête prompte, impartiale et crédible sur l’opération militaire israélienne en mer contre un convoi se dirigeant vers Gaza », Département de l’information Conseil de sécurité, 6325e & 6326e séances – après-midi & soir, New York, 31 mai 2010.

[15] « Tollé international après le raid israélien », Cyberpresse.ca, 31 mai 2010.

[16] Jocelyn Coulon, « L’acte irréparable? », Cyberpresse.ca, 1er juin 2010.

[17] « Le climat se dégrade encore entre la Turquie et Israël », L’Express.fr, 29 juin 2010.

[18] Tonda MacCharles Canada awaits answers on raid; Israel says soldiers were ‘defending themselves’,” TheStar.com, 31 mai 2010.

[19] Hélène Buzetti, « Ottawa n’a pas réclamé le retour de ses ressortissants », Le Devoir.com, 2 juin 2010.

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