Montréal, le 1er octobre 2026 — L’organisation « Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient » (CJPMO) a publié la déclaration suivante en réponse à un document publié par Sécurité publique Canada qui qualifie l’antisionisme de forme d’antisémitisme :
En tant qu’organisation dont l’objectif est de promouvoir les droits de la personne des Palestiniens et le respect du droit international, nous sommes alarmés par un récent document publié par Sécurité publique Canada, qui présente l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme à part entière. Ce document, présenté comme un « rapport d’étape » sur les engagements du Canada en matière de lutte contre l’antisémitisme, établit cette assimilation à deux reprises, sans pour autant définir ce qu’est l’antisionisme. Nous rejetons cette affirmation, que nous considérons comme une attaque dangereuse contre le discours politique légitime, et nous exhortons le gouvernement canadien à la retirer immédiatement.
Cette dernière assimilation ne surgit pas de nulle part. Depuis des années, nous avertissons que la définition controversée de l’antisémitisme de l’IHRA, adoptée par le gouvernement fédéral en 2019, vise en réalité les discours critiques à l’égard d’Israël et du sionisme. Le guide canadien de l’IHRA, publié par Patrimoine canadien en 2024, a identifié les discours sur le sionisme comme des exemples présumés d’antisémitisme. Le nouveau document de Sécurité publique constitue l’amalgame le plus explicite de ces concepts jamais formulé par le gouvernement fédéral.
En assimilant totalement l’antisionisme à une forme d’antisémitisme, le Canada s’oriente progressivement vers la censure de la liberté d’expression et du militantisme en faveur des droits de la personne des Palestiniens. C’est là le résultat escompté de la pression incessante exercée par les groupes de pression pro-israéliens, qui n’ont cessé de faire pression pour que l’antisionisme soit considéré comme synonyme d’antisémitisme afin d’étouffer tout débat sur l’escalade des crimes commis par Israël à l’encontre du peuple palestinien.
Soyons clairs : le sionisme est l’idéologie politique à l’origine de la création de l’État d’Israël, qui a été vécue par les Palestiniens comme une dépossession et une oppression, en raison du nettoyage ethnique de masse planifié de la Palestine historique par les forces sionistes. Le sionisme est l’idéologie qui permet à Israël de maintenir un système d’apartheid qui opprime et domine l’ensemble du peuple palestinien, comme le reconnaît un consensus quasi unanime des principales organisations de défense des droits de la personne.
Nous affirmons que l’antisionisme est une forme légitime d’expression politique, philosophique et académique contre des injustices concrètes, tant historiques que contemporaines. En qualifiant l’opposition au sionisme d’intrinsèquement antisémite, Sécurité publique Canada délégitime les expériences palestiniennes et tente de faire taire tout débat légitime sur l’apartheid et le génocide. Cela perpétue le racisme anti-palestinien et sape la capacité des Canadiens à s’engager sur des questions urgentes relatives aux droits de la personne.
Nous nous faisons l’écho des revendications d’Independent Jewish Voices, de l’United Jewish People’s Order et du Jewish Faculty Network, qui demandent au gouvernement fédéral : 1) de préciser que l’antisionisme n’est pas une forme d’antisémitisme; 2) de reconnaître le préjudice que cause aux communautés palestiniennes et juives le fait d’amalgamer l’antisionisme et l’antisémitisme; et 3) d’affirmer la légitimité de l’antisionisme dans le cadre du débat politique et de la critique concernant la Palestine et Israël.
