Fiche d’information CJPMO, publiée le 1 février 2018 : Cette fiche d’information définie l’islamophobie et explique comment elle se manifeste dans la société canadienne. Le document traite de la discrimination à l’emploi, et des barrières d’intégration auxquelles font face les musulmans canadiens aujourd’hui. Enfin, il présente les différentes mesures implémentées par le gouvernement canadien pour traiter le problème.

Après l’attaque de la mosquée : l’islamophobie au Canada

Factsheet Series No. 207, created: Feb 2018, Canadians for Justice and Peace in the Middle East
 

islamaphobia770.pngQu’est ce que l’islamophobie ?

Le terme islamophobie a été défini en 1997 comme une « hostilité non fondée envers les musulmans, et par conséquent la peur ou l’aversion de tous ou de la plupart des musulmans ».[i] Cependant, des recherches récentes ont élargi cette définition pour inclure la discrimination contre les individus qui semblent être musulmans. L'islamophobie peut se manifester en fonction de l'habillement, de la race, du nom, de la langue, de l'accent ou d'autres marqueurs culturels.[ii] Ainsi, l’islamophobie doit être comprise comme une discrimination raciale.[iii] Bien que les chercheurs aient signalé une montée dramatique des sentiments islamophobes à la suite des événements du 11 septembre 2001, l'islamophobie existait déjà sous diverses formes depuis de nombreuses années. Comme la plupart des groupes raciaux ou religieux minoritaires, les musulmans ont longtemps été perçus comme « différents » de la société en général, et cela remonte à l’ère du colonialisme européen.[iv]
La connaissance occidentale de l'islam en tant que religion et des musulmans en tant que communauté a longtemps été façonnée par des politiques coloniales qui présentaient les populations autochtones comme étant homogènes, sous-développées et souvent «barbares». Cette préconception continue à être perpétuée par les sociétés occidentales aujourd’hui.

Pourquoi est ce que l’islamophobie est un problème aujourd’hui ?

À l’ère de la mondialisation, le monde est de plus en plus interconnecté. Ainsi, les évènements internationaux ont des effets durables sur des pays où ils n’ont même pas eu lieu. Les histoires d'actes violents et horribles perpétrés par des groupes «islamiques» auto-identifiés sont apparues de plus en plus fréquemment dans les médias ces dernières années, surtout suite au pic d’attaques sur le sol européen.[v] Bien qu’il soit normal pour les Canadiens de condamner les actes terroristes commis par de tels groupes, il est injuste de pénaliser les citoyens musulmans canadiens pour ces actes. Les leaders musulmans ont toujours condamné les actions de groupes comme ISIS.[vi]

Au cours des dernières années, les partis populistes qui ont ouvertement adopté des idéologies xénophobes ont dominé plusieurs élections dans les pays occidentaux. En 2017, l'hostilité de l'administration Trump envers les réfugiés musulmans a entraîné une vague massive de demandeurs d'asile. Ils ont traversé la frontière canadienne pour se rendre au Manitoba et au Québec.[vii] À l'époque, un Canadien sur quatre croyait que le gouvernement canadien aurait dû répondre au décret du président Trump en adoptant la même politique - une interdiction temporaire des réfugiés syriens.[viii] Un exemple de plus de l’islamophobie au sein de la société canadienne.

Malgré l’augmentation de l’islamophobie au Canada, le phénomène reste très sous-estimé. De nombreuses victimes de crimes de haine islamophobes ne signalent pas les incidents à la police. Les musulmans canadiens craignent parfois d'être victimisés davantage, croient que la police ne les prendra pas au sérieux ou ne croient pas que signaler ces incidents à la police fera une différence.[ix] De plus, la notion de « crime haineux » n’est pas définie dans la loi canadienne. En effet, « c’est au juge de décider d’imposer une plus grande peine si il ou elle pense que le crime ou le méfait a été motivé par la haine ».[x]

Comment est ce que l’islamophobie se manifeste dans la société canadienne ?

Barrières à l’emploi : De nombreux canadiens musulmans font face à la discrimination des institutions du gouvernement dans l’accès à l’emploi. Le Québec est particulièrement connu pour cette forme d’islamophobie approuvée par l’État. Bien que la Charte des valeurs du Québec, proposée par le gouvernement provincial du Parti québécois, n'ait pas été adoptée à l'automne 2013, le projet de loi aurait gravement porté atteinte aux possibilités d'emploi des musulmans. [xi] Bien que ce projet de loi n'ait pas été adopté, en octobre 2017, le Québec a adopté avec succès le projet de loi 62 interdisant aux femmes qui portent le niqab de travailler et d’avoir accès aux services publics.[xii] Le Québec a également une loi en vigueur interdisant aux personnes qui portent des couvre-chefs de se présenter aux élections.[xiii] Ces projets de loi soulignent à quel point les courants de la société canadienne sont devenus réactifs aux symboles de l'islam et des musulmans en général.

Barrières à l’intégration : Une autre forme d’islamophobie existe en termes d’obstacle à l’intégration communautaire. Par exemple, dans la ville de Shawinigan au Québec, le conseil municipal a refusé de rezoner un parc industriel pour permettre à une mosquée d'ouvrir à la suite de ce que le maire a qualifié de « peurs irrationnelles ».[xiv] Des incidents similaires ont eu lieu dans d'autres municipalités du Québec, malgré le fait que cette «discrimination par zonage» soit strictement illégale.[xv] Peu de temps après, un juge du Québec a refusé d'entendre le cas d'une femme musulmane parce qu’elle a refusé de retirer son hijab. L’accès au processus judiciaire est essentiel pour l'intégration sociétale de toute minorité religieuse. [xvi]

Incidents haineux : Les incidents haineux visant la population musulmane du Canada ont énormément augmenté en 2014, avec une hausse de 141%.[xvii] En 2015, le nombre de crimes haineux déclarés par la police contre les musulmans a augmenté de 61%. Certains incidents haineux contre les musulmans au Canada comprennent :

  • Depuis l'automne 2016, des affiches antimusulmanes sont placardées sur des campus universitaires à travers le Canada, incluant les campus de l'université de Calgary et de l'université McGill.[xviii] Dans la ville de Québec, des stations radios surnommées « radios poubelles » ont attiré les auditeurs pendant des années en exprimant leurs préoccupations au sujet de l’immigration musulmane et de la menace du terrorisme islamiste.[xix] Des groupes d’extrême droite comme La Meute ou Storm Alliance ont organisé de nombreuses manifestations anti-immigration en réponse aux études provinciales et fédérales pour éliminer le racisme systémique.[xx]
  • La rhétorique islamophobe a pour effet de banaliser les abus envers les institutions et les symboles musulmans. Surtout depuis 2015, les mosquées et les centres communautaires islamiques partout dans le pays sont victimes de vandalisme - la porte d’entrée d’une mosquée à Calgary a été cassée deux fois dans la même semaine.[xxi] L’attaque la plus connue et la plus tragique envers les musulmans a surement été celle de la mosquée de Québec en janvier 2017, où une fusillade a fait six morts et de nombreux blessés. Un an plus tard, les membres de la communauté musulmane déplorent le fait qu’ils doivent encore « accepter le racisme ordinaire, l’islamophobie flagrante… et avoir peur pour leur sécurité. » [xxii]

Que fait le gouvernement canadien pour lutter contre l'islamophobie ?

Le Canada a ratifié la Convention international sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale en 1970. En 1971, l’introduction de la Loi sur le multiculturalisme canadien cherchait à préserver et

 

[i] “Defining ‘Islamophobia.’” University of California, Berkely Center for Race and Gender. Accessed January 18, 2018.

[ii] Semati, Mehdi. “Islamophobia, Culture and Race in the Age of Empire.” Cultural Studies 24, no. 2, 2010. p. 256-275. 

[iii] “Observations sur l’aperçu provisoire des grandes lignes du rapport déposé par le Canada auprès du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale.” CJPME Foundation. March 2015, p. 2.

[iv] Said, Edward. “Orientalism”. 1978.

[v] “Terror Attacks Timeline.” Express. August 18, 2017.

[vi] Jahangir, Junaid. “Muslims Stand Against ISIS, Too.” The Huffington Post. August 27, 2014.

[vii] Shawn McCarthy. “Sizable minority says Canada is accepting too many refugees: poll.” The Globe and Mail. February 20, 2017.

[viii] “Open-door policy? Majority support government decision not to increase 2017 refugee targets.” Angus Reid Institute. February 20, 2017.

[ix] “Hate crimes against Muslims in Canada up 60%, StatsCan reports.” CBC News. June 13, 2017.

[x] “What counts as a ‘hate crime’ in Canada?” CTV News. March 1, 2017..

[xi] “Projet de la loi n°60: Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement.” Assemblée nationale du Québec, présenté à la 40e législature, 1ere session. 

[xii] “Quebec Judge Stays Controversial Face-Cover Law Bill 62.” Globe and Mail. December 1, 2017.

[xiii] “Couillard government concerned about rule forcing political candidates to remove head coverings.” CBC News. January 2, 2018.

[xiv] Rukavina, Stephen. “Michel Angers, Shawinigan mayor, explains decision to reject mosque.” CBC News Montreal. 13 February 2015.

[xv] Van Praet, Nicolas. “Religious tension in Quebec resurfaces over mayoral interference,” The Globe and Mail. 19 February 2015.

[xvi] “Rania El-Alloul hijab ruling draws complaint against Quebec judge,” CBC News on-line. 2 March 2015,

[xvii] “Police-reported hate crime in Canada – 2015”. Statistics Canada. June 13, 2017. Accessed January 18, 2018.

[xviii] “Notley condemns anti-Muslim posters at University of Calgary”. The Globe and Mail. October 4, 2016.

[xix] “After mosque attack, calls to clean up Quebec City’s radio waves.” CBC News. February 3, 2017.

[xx] “Des membres de la meute et de storm alliance manifestent sur la Colline du Parlement.” Radio-Canada. February 19, 2018.

[xxi] “Calgary mosque vandalized for second time in a week”. CBC News. October 16, 2016.

[xxii] “Quebec City Muslims alarmed by increasingly public displays of racism one year after mosque shooting”. CBC News. January 21, 2018.

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