Nous avons marqué l’histoire lors de cette élection

Cette semaine, les Canadiens se sont rendus aux urnes pour les premières élections fédérales depuis le début du génocide à Gaza. Alors que la poussière retombe et que la population prend la mesure des résultats, nous sommes à un moment charnière — marqué par une mobilisation historique et de profonds bouleversements dans le paysage politique.

Il est facile de se sentir découragé en ce moment. Un Premier ministre fraîchement élu refuse toujours d’appeler les choses par leur nom — de reconnaître le génocide commis par Israël à Gaza. Les horreurs continuent, diffusées en direct sur nos téléphones, jour après jour.

Mais il est aussi facile d’oublier tout le chemin que nous avons parcouru. Dans les jours qui ont suivi le 7 octobre, le mot « cessez-le-feu » était tabou. Les politiciens et les médias évitaient même de prononcer le mot « Palestine ». Qu’un député critique Israël — même face à des atrocités flagrantes — était pratiquement impensable.


Et pourtant, en seulement 18 mois, nous avons été témoins d’un profond changement politique et culturel au Canada.

Des manifestations massives, des campements étudiants et une pression publique croissante ont propulsé la Palestine au premier plan politique. Un ministre de la Colombie-Britannique a été contraint de démissionner en raison de propos racistes anti-palestiniens. Le Parlement a adopté, le 18 mars 2024, une motion appelant à un cessez-le-feu et à la fin de l’armement d’Israël — une motion faible, certes, mais qui montre que le gouvernement ne peut plus ignorer les appels à la justice. La Rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, a parcouru le Canada, attirant des foules et une attention nationale en nommant le génocide et en exigeant des comptes. Même l’Agence du revenu du Canada a révoqué le statut d’organisme de bienfaisance du Fonds national juif. Le tabou se brise. La Palestine n’est plus reléguée aux marges.

Les élections fédérales ont mis cette transformation en lumière de façon encore plus nette.

Grâce à un travail acharné d’organisation et de plaidoyer, la question de la Palestine était impossible à ignorer pendant la campagne électorale. Lors des débats des chefs, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a directement interpellé le chef libéral Mark Carney pour son refus de prononcer le mot « génocide ». À l’extérieur des lieux de débat, des camions arborant les publicités « Dites génocide » de CJPMO sillonnaient les rues, dénonçant la complicité du Canada à Gaza. Dans un moment marquant, le candidat libéral Adam van Koeverden a rompu avec la ligne du parti en qualifiant publiquement les actions d’Israël de génocide — et il a maintenu cette position malgré une campagne de diffamation coordonnée. Ce sont là des victoires narratives majeures pour notre campagne Dites génocide et la campagne Vote Palestine — fruit de mois de mobilisation stratégique.

CJPMO a également publié un guide électoral largement diffusé, évaluant les partis politiques, et notre trousse à outils citoyenne a permis aux gens partout au pays de questionner les candidats sur la Palestine lors des assemblées publiques et des débats. Et cela a fonctionné — d’une circonscription à l’autre, nous avons vu des vidéos de candidats interrogés sur Gaza, sur les embargos sur les armes et sur la plateforme Vote Palestine.

Et en 2025, la campagne Vote Palestine — soutenue par CJPMO et des dizaines d’organisations partenaires — a fait son entrée dans le courant politique dominant.

La campagne Vote Palestine est devenue un élément marquant de l’élection, attirant l’attention de médias à travers le Canada et dans le monde entier — y compris Al Jazeera, The Hill Times, Truthout, The New Arab, et même le Jerusalem Post, où des commentateurs israéliens ont exprimé ouvertement leur inquiétude face à son influence croissante.

Des activistes à travers le pays se sont mobilisés avec courage et créativité. Les rassemblements de Carney ont été perturbés à plusieurs reprises, notamment en Alberta, où il a été forcé d’improviser et a commis un faux pas en affirmant que le Canada imposait déjà un embargo sur les armes.

Il y a quelques mois à peine, les sondages annonçaient une supermajorité conservatrice. Et pourtant, nous avons aujourd’hui 17 député·e·s libéraux ayant endossé la plateforme Vote Palestine — soit 10 % du parti au pouvoir — ainsi que 6 député·e·s néo-démocrates et 1 député vert qui soutiennent fièrement les droits des Palestiniens. Et dans un moment historique, Fares Al-Soud est devenu le premier Canadien d’origine palestinienne élu au Parlement en plus de 50 ans — le dernier étant Pierre De Bané en 1968. Prenez un moment pour y penser : il y a un an, cela aurait été impensable.

En même temps, nous devons aussi faire le deuil de nos pertes. Les défenseur·e·s les plus engagés des droits des Palestiniens au Parlement — Blake Desjarlais, Matthew Green, Niki Ashton, Mike Morrice, Lindsay Mathyssen — ne seront pas de retour. Leur courage a marqué l’histoire, et nous leur rendons hommage. Nous avons également perdu une voix audacieuse au sein même du cabinet libéral : Kamal Khera, qui a dénoncé le racisme anti-palestinien au sein du gouvernement Trudeau — et en a payé le prix.

Sans la campagne Vote Palestine, nous aurions perdu nos allié·e·s les plus solides au sein du NPD, tout en faisant face au silence du parti au pouvoir. À la place, nous avons aujourd’hui un bloc de député·e·s libéraux qui soutiennent la cause — et ce n’est qu’un début. Certain·e·s député·e·s libéraux appuient discrètement les revendications de la plateforme, et d’autres y sont secrètement favorables. Même au sein du Parti conservateur, quelques député·e·s ont dialogué avec des défenseur·e·s des droits des Palestiniens et exprimé leur appui. Avec une mobilisation continue, d’autres voix peuvent se rallier — tous partis confondus.

C’est notre nouvelle réalité. Les tabous ont été brisés. Le récit est en train de changer. Le courant dominant commence à rattraper son retard. Maintenant, notre tâche est de construire. Nous tiendrons les député·e·s responsables. Nous allons nous organiser. Nous continuerons d’être présent·e·s — dans les rues, au Parlement, et partout entre les deux.

Et nous ne ralentissons pas. Dans les semaines à venir, nous lancerons notre Corps de lobbyistes de CJPMO — un réseau national de militant·e·s formé·e·s, passionné·e·s et stratégiques pour la défense des droits des Palestiniens. Et nous continuerons de lutter pour mettre fin au rôle du Canada dans l’armement du génocide israélien.

Cette élection ne nous a pas tout donné. Mais elle nous a donné une preuve : nous pouvons transformer la politique canadienne. Nous l’avons déjà fait.