Contexte historique du conflit Israélo-Palestinien

       

Introduction

Contrairement au mythe selon lequel les « juifs et musulmans se détestent depuis des milliers d’années », les juifs, les musulmans et les chrétiens du Moyen-Orient ont vécu dans une paix relative pendant des millénaires jusqu’au XXe siècle. Bien qu’il soit souvent décrit comme étant un conflit religieux, le conflit israélo-palestinien est en réalité un conflit politique. Les origines de ce conflit peuvent être retracées aux vestiges de l’antisémitisme européen et à l’ingérence étrangère au Moyen-Orient, ce qui a abouti à la dépossession des Palestiniens par les Israéliens en 1948.

La Première Guerre mondiale (1914-1918)- un conflit entre, d’une part, la France et la Grande-Bretagne, et d’autre part, l’Allemagne et l’Empire ottoman (turc)- a eu de terribles conséquences sur le Moyen-Orient, en particulier pour les Palestiniens. L’Empire ottoman contrôlait depuis longtemps le Moyen-Orient depuis la prise de la Syrie, de la Palestine et de l’Égypte en 1516. Les anciennes communautés juives de la région ont largement prospéré sous la domination ottomane, mais pas sans quelques tensions périodiques avec leurs dirigeants. Pendant ce temps, les puissances européennes avaient, également revendiqué la région, et s’ingéraient souvent dans les affaires ottomanes. [i]

Durant la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne craignait que la victoire de l’Empire ottoman lui coûte l’accès aux routes terrestres et maritimes vers l’Asie, compliquant ainsi ses échanges commerciaux avec l’Inde, colonie britannique, ainsi qu’avec le reste de l’Orient, riche en ressources.  La Grande-Bretagne craignait également que les Juifs d’Europe de l’Est ne commencent à considérer l’Allemagne comme étant une force de libération en comparaison avec la Russie antisémite tsariste, alliée de la France et du Royaume-Uni. Afin de gagner le soutien des Arabes et des Juifs au Moyen-Orient et en Europe, la Grande-Bretagne a fait deux promesses conflictuelles. D’une part, elle a promis au chérif arabe de la Mecque que si elle était victorieuse, elle allait soutenir la création d’un État arabe dans la majorité du Moyen-Orient arabe. Cependant, au même moment, la Grande-Bretagne établissait la déclaration de Balfour (1917). Dans cette dernière, la Grande-Bretagne promet de soutenir la création d’un foyer national juif en Palestine, à la condition que les droits civils et religieux des populations non juives soient protégés. En fin de compte, la Grande-Bretagne a rompu sa promesse envers le chérif arabe de La Mecque, et a implémenté la déclaration Balfour ce qui a résulté en l’augmentation de l’immigration des juifs européens en Palestine.

Les termes de la déclaration de Balfour ont été incorporés dans un accord conclu par la Société des Nations (précurseur des Nations Unies) en juillet 1922 et autorisent la Grande-Bretagne à partager la Palestine- les anciens quartiers de Naplouse de l’empire Ottoman, Acre, la partie sud de la division du Vilayet de Beyrouth et enfin, la sous-division de la Moutassarrifat de Jérusalem.

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La situation en 1946- Carte 1

Avant 1880, la communauté juive de la Palestine comptait environ 25 000 personnes- soit 4% de  la population totale. Dès la fin des années 1880 jusqu’au début des années 1900, l’antisémitisme  européen a poussé des millions de juifs européens à émigrer. Au début de la Première Guerre  mondiale, environ 3% des juifs transocéaniques ont émigré vers la Palestine, augmentant la  population juive palestinienne à 80 000 personne- soit un dixième de la population totale en  Palestine.

Suite aux pertes de l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale, l’Angleterre a pris le  contrôle de la Palestine-Israël moderne dans le contexte du « mandat palestinien ». L’Angleterre  a maintenu le contrôle administratif du territoire jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Dès le début des années 1920, l’émigration vers la Palestine a augmenté de manière drastique à  cause de deux facteurs. Premièrement, le nazisme a émergé en Allemagne dans les années  1920, avec la victoire du parti nazi en 1932 qui a engendré la persécution des Juifs en  Allemagne, en Autriche et en Tchécoslovaquie. Ceci, combiné avec les restrictions d’immigrations  présentes ailleurs, a conduit les Juifs européens à fuir en Palestine[i]. Entre 1932 et 1939, la  Palestine a accueilli 247 000 réfugiés juifs soit 46% de l’immigration juive d’Europe. Durant la  Seconde Guerre Mondiale (1939-45), 5,5 millions de Juifs européens (85% de la population juive  européenne) ont été tués, principalement dans les camps de concentration nazis en Pologne et  en Allemagne de 1942 à 1945. Les Juifs ont continué à fuir l’Europe du mieux qu’ils pouvaient  après 1939, et la Palestine était relativement accessible.

Après la guerre, de nombreux Juifs européens ont voulu commencer une nouvelle vie loin du lieu  de leur génocide. Bien que la plupart soient allés dans d’autres pays, des milliers se sont dirigés  vers la Palestine. En 1946, environ  6% des terres en Palestine appartenaient aux juifs, terres  achetées par des propriétaires étrangers. En 1947, un tiers de la population palestinienne était  juive.

Pendant ce temps, les Arabes palestiniens étaient oppressés sous le régime colonial britannique  et étaient de plus en plus alarmés par l’afflux rapide de Juifs européens, surtout vu l’intérêt que  manifestaient plusieurs organisations juives pour établir un État juif indépendant en Palestine.  Cette tension a engendré l’établissement de milices juives et arabes en Palestine, qui ont à leur  tour entraîné des violences extrêmes sous la domination britannique. Alors que cette violence  était souvent dirigée contre les britanniques, la violence entre les Palestiniens arabe et les Juifs  était chose commune,  chacun voulant renforcer son contrôle sur certaines parties du territoire.

 

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Le plan de partage de la Palestine de l'ONU- Carte 2

Après la Seconde Guerre mondiale, les protestations des Arabes palestiniens ont augmenté en même temps que les attaques armées des milices juives et palestiniennes, ce qui a forcé la Grande-Bretagne à demander à l’ONU de résoudre la situation. Se sentant coupable face au génocide et avec des centaines de milliers de réfugiés juifs dans des camps à travers toute l’Europe, les puissances occidentales ont considéré la création d’un État juif de toute urgence.

En novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé le plan de partage de la Palestine[i]. Le plan divise la Palestine en deux parties, 53% du pays allait être réservé pour la création d’un État juif majoritaire et 47% était destiné à la création d’un État palestinien majoritaire. Jérusalem devait être gouvernée par le biais d’un régime international spécial, distinct des États « juifs » et  « arabes ».

À l’époque, les Arabes palestiniens ont trouvé que cette répartition des terres était injuste, étant donné que les Juifs ne représentaient que 33% de la population palestinienne et que la plupart d’entre eux étaient des nouveaux venus, alors que les Arabes palestiniens y vivaient depuis des siècles. Les Juifs, quant à eux, ont approuvé ce plan qui correspondait parfaitement à leur vision d’un État juif indépendant. Le plan a été approuvé par les pays occidentaux à l’ONU -y compris le Canada- mais a été désapprouvé par les pays arabes, ainsi que la plupart des pays africains et asiatiques. L’Égypte, la Jordanie et l’Irak ont même menacé de prendre les armes en opposition au plan de partage de l’ONU.

 

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La situation de 1949 à 1967- Carte 3

Les mois qui ont suivi la fin du Mandat britannique ont été rythmés par une augmentation conséquente de la violence qui a finalement engendré une guerre civile lorsque le Mandat britannique a officiellement pris fin le 14 mai 1948. Les dirigeants juifs ont officiellement fondé l'État d'Israël quelques heures après la fin du mandat britannique.

Les combats se sont intensifiés en mars et avril 1948 et se sont étendus sur diverses parties du territoire jusqu'en 1949. Au moment où les combats ont cessé, les forces militaires israéliennes ont pris le contrôle de 78% des terres, dont la majeure partie était destinée à l’État palestinien. Concernant les terres restantes, l’Égypte a administré la bande de Gaza et la Jordanie a administré la Cisjordanie et la partie orientale de Jérusalem. Bien qu'un État à majorité juive a été créé (et admis à l'ONU en mai 1949), l'État arabe palestinien quant à lui n'a pas été établi.

Pendant la guerre, 750 000 Palestiniens ont fui ou ont été chassés par les milices juives et des centaines de villages palestiniens ont été détruits.[i]  Les réfugiés palestiniens qui avaient fui ou qui avaient été expulsés pendant la guerre se sont vus refuser le droit de retourner dans leur communauté d’origine, maintenant située dans l’État d’Israël. Depuis, ces réfugiés sont pour la plupart contraints de vivre dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza, au Liban, en Jordanie, en Syrie et en Égypte. Leur nombre dépasse les 5 millions aujourd'hui.

 

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Les Palestiniens perdent d'avantage de terres à cause des « colonies illégales » - Carte 4

En 1967, Israël a envahi la Cisjordanie et Gaza et a lancé des attaques préventives contre l’Égypte, la Syrie, l’Iraq et la Jordanie, suite au blocage égyptien sur le port d’Israël et aux déplacements menaçants des États arabes. En quelques jours, Israël a pu coloniser le plateau du Golan syrien, la bande de Gaza, la péninsule égyptienne du Sinaï et la Cisjordanie, y compris Jérusalem. Israël a immédiatement annoncé qu’elle annexait Jérusalem-Est, qui était et qui demeure une terre majoritairement arabe et le site de nombreuses terres sacrées pour l’islam et le christianisme[i]. L’ONU a adopté à plusieurs reprises des résolutions confirmant l’illégalité de cet annexion.

Depuis 1967, Israël a maintenu une occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza, malgré les nombreuses résolutions de l’ONU appelant Israël à y mettre fin. De même, les gouvernements israéliens successifs, de toute allégeance politique, ont encouragé la « règlementation » de la terre palestinienne, une démarche universellement considérée comme illégale au regard du droit international[i]. Avec sa stratégie de «règlement», Israël confisque des terres palestiniennes dans les territoires palestiniens occupés pour l’usage des colons juif exclusivement. Lors de ce processus, les Palestiniens ont été expulsé de leurs terres en plus d’être privés de leurs moyens de subsistance. Le transfert d’un pouvoir colonial de sa population civile dans la zone occupée militairement constitue une violation de la quatrième convention de Genève. À ce jour, Israël a transféré environ 600 000 colons à Jérusalem-Est et dans le reste de la Cisjordanie.

Israël a également construit un réseau routier pour l’usage des colons juifs exclusivement, établissant de vastes zones interdites autour des «colonies» qui relèvent de la juridiction administrative des «colons» et ont déclaré des parties de la Cisjordanie comme étant des «zones militaires» ou des «zones de sécurité». En plus de cela, Israël a construit un gigantesque mur de 700 km qui est profondément enclavé dans le territoire palestinien, annexant de facto de grands blocs de territoire palestinien au côté «israélien» du mur. Les actions d’Israël ont abouti à ce que plus de 40% des territoires palestiniens soient désormais interdits à la majorité desPalestiniens en plus d’être sous le contrôle d’Israël. Les Palestiniens ont désormais un accès relativement libre aux seules zones vertes de la carte à droite l’équivalent de 12% de la «Palestine sous mandat britannique».

[i] La quatrième Convention de Genève, Article 49, p.6.

[i] La communauté internationale ne reconnaît pas l’annexion de Jérusalem Est par Israël.

[i] Les Palestiniens le qualifie de Nakba-la catastrophe.

[i] Lorsque le vote a pris place, 33 des 56 États membres de l’ONU ont voté en faveur du Plan de partage et 13 États ont voté contre, 10 États se sont abstenus et 1 était absent. Avec peu d’exceptions, l’Europe Occidentale, l’Amérique du Nord et l’Amérique Latine ont voté en faveur, alors que les pays du Moyen-Orient ont voté en bloc contre le plan.

[i] Le programme nazi, adopté en 1920, a appelé pour une “Meilleure Allemagne unie” qui peut nier la nationalité allemande aux Juifs ou aux descendants juifs. L’oppression contre la population juive par les nazis a vite augmenté et a trouvé son expression ultime dans le génocide perpétré de 1942 à 1945.

[i] En 1861, les Français ont établi le Liban comme étant un district autonome en Syrie, sous contrôle chrétien. Les forces britanniques ont occupée l’Égypte de 1882 à 1955.