Fiche-info 185, publiée en Septembre 2014: Cette fiche-info présente le Hamas : l’émergence du mouvement, ses objectifs, et la source du soutien populaire dont il bénéficie. Cette fiche traite également de la manière dont le Hamas opère au sein de la société palestinienne, ainsi que des services qu’il fournit. 

Le Hamas

Série Fiche-info N.185, créée: Septembre 2014, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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185.pngQu’est-ce que le Hamas et comment est-il né?

Le Hamas est un parti politique islamiste palestinien comportant une aile militaire. Hamas est l’acronyme de Harakat Al-Mouqawama Al-Islamiyya (Mouvement de résistance islamique) et signifie « enthousiasme » en arabe.

Le précurseur du Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans, contestait la laïcité de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), contrôlée par le parti Fatah et dirigée par Yasser Arafat. À l’origine, le groupe s’opposait également au recours à la violence par l’OLP suite à l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza en 1967. Les Frères musulmans palestiniens se concentraient sur les activités culturelles et religieuses, ainsi que sur la prestation de services sociaux. Dans un premier temps, ils furent donc tolérés, voire encouragés par le gouvernement israélien qui croyait qu’ils seraient plus souples que l’OLP, qu’Israël cherchait à écraser et discréditer. Le nombre de mosquées dans la bande de Gaza passa de 200 en 1967 à 600 en 1987[i] [ii].

Le Hamas fut fondé en 1987, pendant la première Intifada palestinienne, un soulèvement général contre l’occupation. Le chef spirituel du Hamas, Ahmed Yassine, paraplégique depuis l’âge de 12 ans et presque aveugle, souhaitait positionner le Hamas comme protagoniste dans le soulèvement. Comme la plupart des habitants de Gaza, lui et sa famille s’y étaient établis après que leurs communautés d’origine aient été rasées par les milices juives lors de la création de l’État d’Israël. Ainsi, les épreuves, les espoirs et la vulnérabilité de Yassine trouvaient un écho auprès de nombreux Palestiniens.

 

Quels sont les principaux objectifs du Hamas?

Les objectifs du Hamas ont considérablement évolué au fil des ans. Sa charte fondatrice préconise, entre autres, la création d’un État islamique dans toute la Palestine historique, l’application de la charia et la destruction de l’État d’Israël. Toutefois, depuis 2004, de nombreux dirigeants du Hamas ont proposé à plusieurs reprises d’accepter une solution à deux États au conflit israélo-palestinien sur la base des frontières antérieures à 1967. Actuellement, les priorités du Hamas sont de mettre fin à l’occupation, de protéger le droit de retour des réfugiés palestiniens et de demander la libération des prisonniers palestiniens. Le chef du Hamas, Khaled Meshaal, a précisé au conseiller principal du Centre Carter, Robert Pastor, que la charte constitue « une page de l’histoire et n’est plus pertinente, mais elle ne peut être modifiée pour des raisons internes. » Pastor a affirmé que ceux qui citent la charte plutôt que des positions plus récentes du Hamas le font pour justifier le fait de ne pas tenir compte de la présence du Hamas[iii].

 

Comme le Hamas fonctionne-t-il?

Le Hamas fournit des soins de santé, des programmes d’éducation, des services sociaux et de l’aide humanitaire aux Palestiniens. Il favorise aussi son interprétation de l’islam. Il conteste fermement l’occupation militaire israélienne des terres palestiniennes prises en 1967 et l’appropriation illégale par Israël de la terre palestinienne (par exemple, les colonies). Les faits saillants de son évolution sont :

  • 1989 : Le Hamas lance sa première attaque contre les troupes israéliennes, tuant deux soldats[iv].
  • 1991 : Le Hamas établit sa branche armée, l’Iz al-Din al-Qassam.
  • 1993 : Le Hamas s’oppose à l’accord d’Oslo et refuse de participer aux négociations de paix tant qu’Israël occupera la Cisjordanie et Gaza. Le Hamas lance des attaques, y compris des attentats-suicides, contre les forces d’occupation et les colons de la Cisjordanie.
  • 1994 : Le Hamas procède à des attentats-suicides en Israël, deux mois après le massacre du 25 février, perpétré à Hébron, en Cisjordanie, par un juif israélien né aux États-Unis, qui tua 29 Palestiniens et en blessa 125 autres[v].
  • 2001-2002 : Le Hamas perpètre des attentats-suicides et d’autres attaques.
  • 2003-2006 : En 2003, le Hamas réduit considérablement les attentats-suicides et, en 2005, il cesse ces actions, tout en continuant de lancer sporadiquement et aveuglément des roquettes, généralement non mortelles, en guise de représailles aux abus d’Israël.
  • Janvier 2004 : Yassine propose de mettre fin à la résistance armée et Abdel Aziz al-Rantissi, un dirigeant sénior du Hamas, propose une trêve à long terme, si Israël accepte de se retirer des territoires occupés en 1967[vi].
  • Mars 2004 : L’armée israélienne assassine Yassine; 200 000 Palestiniens assistent aux funérailles[vii].
  • Avril 2004 : L’armée israélienne assassine al-Rantissi.
  • 2005 : Bien que le Hamas ait boycotté les élections palestiniennes précédentes, il participe aux municipales de 2005. Il gagne plus d’un tiers des sièges des conseils municipaux, y compris ceux des grands centres urbains, au détriment du Fatah, et réussit étonnamment bien même dans la Cisjordanie laïque[viii].
  • 2006 : Le Hamas soustrait de sa plate-forme électorale son appel à la destruction d’Israël et remporte 74 des 132 sièges, soit 44,45 % des suffrages exprimés[ix] lors des élections du Conseil législatif palestinien tenues sous supervision internationale. Le Fatah, le parti au pouvoir, remporte seulement 45 sièges et 36,96 % des suffrages. Ismail Haniyeh, membre du Hamas et premier ministre nouvellement élu, écrit aux États-Unis et à Israël pour offrir une trêve à long terme et l’acceptation d’une frontière basée sur les frontières d’avant 1967. Ni les États-Unis ni Israël ne lui ont jamais répondu[x].
  • 2006 : Des responsables américains pressent le Fatah de se retirer du gouvernement d’union nationale, promet-tant une aide militaire pour réprimer toute réplique[xi]. Les tensions et la violence entre le Hamas et le Fatah dégénèrent, car les dirigeants du Fatah refusent d’exécu-ter les ordres du gouvernement dirigé par le Hamas.
  •  Le 15 décembre 2006 : Le président Mahmoud Abas réclame de nouvelles élections générales. Le Hamas conteste la légalité d’élections anticipées et insiste sur le droit du Conseil législatif élu à exercer son mandat complet. Le même jour, les forces nationales de sécurité palestinienne ouvrent le feu sur un rassemblement du Hamas à Ramallah et les troupes du Fatah tentent d’assassiner le premier ministre Haniyeh (Hamas).
  • Décembre 2006 – juin 2007 : De violents combats entre les factions se poursuivent. Human Rights Watch accuse les deux camps de violer les droits de la personne de leurs rivaux. Le 14 juin, le président Mahmoud Abbas annonce la dissolution du gouvernement d’union et déclare l’état d’urgence. Abbas limoge le premier ministre Haniyeh et prend le pouvoir à Gaza et en Cisjordanie par décret présidentiel. Le Hamas accuse Abbas d’organiser un coup d’État contre le gouvernement élu et y répond en prenant le contrôle de Gaza, qu’il dirige depuis lors.

 

De quel appui bénéficie le Hamas aujourd’hui et quelle est sa puissance militaire?

La popularité du Hamas est montée en flèche après l’attaque israélienne de l’été 2014 : Selon un sondage cité par le Jerusalem Post, 61 % des électeurs palestiniens potentiels soutiendraient Ismail Haniyeh du Hamas, alors que 32 % voteraient pour Mahmoud Abbas du Fatah. Dans la bande de Gaza, 53 % de la population appuieraient Haniyeh; en Cisjordanie, le chiffre grimpe à 66 %[xii].

Puissance militaire : Le Hamas ne révèle pas de chiffres sur la taille de sa branche militaire. En 2009, l’International Crisis Group estimait que les Brigades Qassam comptaient entre 7 000 et 10 000 membres à temps plein et une réserve de 20 000 soldats. En septembre 2013, l’IHS Jane’s a évalué le Hamas à 13 000 membres bien formés et bien équipés[xiii]. Le Hamas fabrique la majorité de son armement en utilisant des composants artisanaux, mais il importe aussi un nombre limité de roquettes à longue portée, supposément d’Iran.

 

Pourquoi autant de Palestiniens soutiennent-ils le Hamas?

Les principaux éléments qui contribuent à un soutien accru au Hamas sont :

  • Le désir de résister contre l’occupation israélienne de Gaza et de la Cisjordanie qui perdure depuis 1967, et contre l’appropriation illégale des terres palestiniennes.
  • La pauvreté et la malnutrition à la suite du blocus à Gaza.
  • Le désenchantement envers le Fatah.
  • La capacité du Hamas d’affronter les forces supérieures de l’occupant israélien, malgré des ressources limitées.
  • L’échec du Fatah à mettre fin à l’ingérence étrangère et à améliorer les conditions de vie.

 

Le Hamas respecte-t-il les droits de la personne?

Le bilan du Hamas en matière de droits de la personne est hétérogène. Il a souvent été impliqué dans l’assassinat de représailles de rivaux politiques. Il a aussi procédé à l’exécution sommaire de personnes soupçonnées de collaboration avec l’armée israélienne. Bien que certains membres aient parfois poussé les femmes à porter le hijab, les dirigeants du Hamas indiquent que cela ne fait pas partie de leurs politiques. Le groupe respecte les droits de la minorité chrétienne vivant à Gaza : leurs églises agissent ouvertement et beaucoup de chrétiens travaillent pour le gouvernement du Hamas. Celui-ci a énergiquement condamné l’EIIL pour ses atrocités, et ce dernier considère le Hamas comme étant un « apostat » et un ennemi.
Les dirigeants du Hamas ont parfois justifié leurs attaques envers les civils israéliens, affirmant, en 2000, que les colons israéliens étaient des agresseurs, tout comme les soldats, et qu’en raison de la militarisation d’Israël et de la conscription obligatoire, tous les Israéliens étaient des soldats. (Le Hamas a néanmoins tué beaucoup moins de civils que l’armée israélienne). Quelques personnalités du Hamas s’adonnent encore au déni de l’Holocauste et à d’autres manifestations antisémites. Toutefois, au moins une personne a décrit l’Holo-causte comme un crime contre l’humanité. Khaled Mashaal a récemment déclaré que la bataille du Hamas était contre les « occupants », et non contre les Juifs en tant que tels.


[i] Higgins, Andrew.  « How Israel Helped to Spawn Hamas ». Wall Street Journal. Le 24 janvier  2009.

[ii] Kamel, Lorenzo. « Why do Palestinians in Gaza support Hamas? » Haaretz. Le 5 août 2014.

[iii]Adas, Jane. « Mazin Qumsiyeh on the History and Practice Of Nonviolent Palestinian Resistance ». Washington Report on Middle East Affairs. Mai-juin 2010.

[iv] Yassine fut arrêté et condamné à la prison à vie; 400 activistes du Hamas ont été déportés au sud du Liban, occupé par Israël.

[v] Selon un article du LA Times, Rabbi Yaacov Perrin a dit aux personnes en deuil que même 1 million d’Arabes « ne valent pas l’ongle d’un Juif. »

[vi] « Running out of time ». Al-Ahram Weekly. Semaine du 29 janvier  au  4 février  2004.

[vii] « Hamas chief killed in air strike ». BBC News. Le 22 mars 2004.

[viii] Price, Matthew. « Hamas success in Fatah heartland ». BBC News. Le 13 mai 2005.

[ix] Commission électorale. Résultats finaux, le Conseil législatif palestinien.

[x] Kamel, Lorenzo. Ibid.

[xi] « The Proof Is in the Paper Trail ». Vanity Fair. Le 5 mars 2008.

[xii] « Hamas's Haniyeh would trounce Abbas if elections held today, Palestinian poll says ». Jerusalem Post. Le 3 septembre 2014.

[xiii] Bender, Jeremy. « Hamas’ Armed Wing Numbers In The Tens Of Thousands, And It’s Ready For A Long Conflict ». Business Insider. Le 31 juillet 2014.

 

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