Fiche-info 184, publiée en Septembre 2014: Cette fiche-info présente le Hezbollah : son émergence, ses objectifs principaux, et la source du soutien populaire qu’il connaît au Liban. Ce document discute également de la manière dont le Hezbollah opère et des services qu’il fournit. Finalement, cette fiche aborde le désaccord international entourant le statut du Hezbollah.

Le Hezbollah

Série Fiche-info N.184, créée: Septembre 2014, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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184.jpgLe Hezbollah (« Parti de Dieu », alias Hizbollah) est un groupe islamiste chiite basé au Liban comprenant à la fois une branche politique et une branche militaire.

Le Hezbollah fut créé à la suite de l’invasion et de l’occupation du Liban par Israël en 1982. Lors d’une entrevue en 2006, l’ancien premier ministre israélien, Ehud Barak, a résumé :

« Quand nous sommes entrés au Liban [en 1982] […] le Hezbollah n’existait pas. […] C’est notre présence qui a créé le Hezbollah[1]. »

Le Hezbollah est dirigé par Hassan Nasrallah, élu en 1992 après l’assassinat par Israël de son prédécesseur, Abbas al-Mousawi (ainsi que de son épouse et de son fils de 6 ans).

 

Quels sont les principaux objectifs du Hezbollah?

Mettre un terme aux interventions étrangères au Liban et promouvoir les valeurs islamiques : En 1985, le Hezbollah a révélé son existence au moyen d’une « lettre ouverte », dans laquelle il identifiait les États-Unis, l’Union soviétique et Israël comme ses principaux ennemis. La lettre exhortait la mise en place d’un régime islamique au Liban, à l’image de l’Iran, mais « sur la base de la sélection libre et directe du peuple, plutôt que de l'imposition par la force ». Toutefois, au cours des dernières décennies, Hassan Nasrallah a reconnu que cette vision était irréaliste au sein d’un Liban multiconfessionnel. Ainsi, les objectifs du Hezbollah se sont déplacés vers la promotion de l’opposition multiconfessionnelle à l’ingérence étrangère au Liban et de l’adoption volontaire des valeurs islamiques, plutôt que d’un état islamique proprement dit[2].

Arrêter et renverser l’appropriation de terres « musulmanes » par Israël : Officiellement, le Hezbollah considère Israël un État illégitime, mais il envoie des messages contradictoires. À certains moments, il a appelé à l’élimination d'Israël, tandis qu’à d'autres, il a exprimé son ouverture à la solution à deux États. Lorsqu'en 2003 on lui a posé la question s'il était prêt à vivre avec une solution à deux États entre Israël et la Palestine, Nasrallah a dit qu'il ne saboterait pas ce qui constituait une « question palestinienne », mais que, jusqu'à ce qu'un tel accord ne soit conclu, il continuerait à encourager la résistance palestinienne[3].

Pourquoi de nombreux Libanais soutiennent-ils le Hezbollah?

La colère quant aux incursions militaires israéliennes dans le Liban et à l’occupation du sud du pays durant 18 ans : Les troupes israéliennes ont tué 20 000 personnes au Liban dans le cadre de l’invasion territoriale et des frappes aériennes de 1982. Israël a également permis le massacre de centaines de civils palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila par les milices chrétiennes phalangistes libanaises[4]. L’invasion et l’occupation israélienne pendant 18 ans du sud du Liban (10 % du pays) ont généré beaucoup d’amertume chez les Libanais. Les chiites, qui représentent 40 % de la population du pays, ont fait les frais de cette invasion puisque beaucoup d’entre eux vivaient dans le Sud libanais, directement dans la trajectoire des forces d’invasion israéliennes. En 2000, Israël s'est retiré du Liban en raison surtout de la résistance armée persistante du Hezbollah. La volonté et la capacité du Hezbollah à faire front aux attaques israéliennes sont admirées par les chiites et de nombreux autres Libanais.

Le Hezbollah fournit des services sociaux et des soins de santé. Selon une des organisations de l’ONU :

« Le groupe exploite actuellement au moins quatre hôpitaux, 12 dispensaires, 12 écoles et deux centres agricoles qui procurent une assistance technique et de la formation aux agriculteurs. Il dispose également d’un service environnemental et d’un vaste programme d’aide sociale. Les soins médicaux y sont aussi moins chers que dans la plupart des hôpitaux privés du pays et gratuits pour les membres du Hezbollah[5]. »

Au total, en 2006, environ 250 000 Libanais bénéficiaient des services du Hezbollah, alors le deuxième employeur du pays[6].

 

À quel point le Hezbollah est-il solide?

Parmi les nombreux groupes politiques existant au Liban, le Hezbollah est la plus grande force à caractère politique et militaire. En 2004[7], on rapporte qu’il bénéficiait de l’appui d’environ 100 000 partisans, dont la moitié était des membres. Actuellement, il détient 13 des 128 sièges du parlement libanais et deux postes ministériels. Le Hezbollah a une forte présence politique et militaire dans le Sud du Liban et de Beyrouth, ainsi que dans la vallée de la Bekaa à l'est du pays. Il maintient de nombreux points de contrôle dans les zones chiites du pays[8].

Nombreux sont ceux qui considèrent le Hezbollah plus fort militairement que l’armée libanaise. En 2006, le brigadier général israélien, Guy Zur, l’a qualifié comme « de loin, le plus grand groupe paramilitaire du monde[9]. » Toutefois, on aperçoit rarement les combattants du Hezbollah armés en public. Le Hezbollah ne révèle pas de chiffres concernant le nombre de ses soldats, et les estimations varient considérablement. Des sources gouvernementales américaines évaluent que l’organisation réunit des « milliers » de combattants. Selon des sources israéliennes, le groupe avait des « milliers » de soldats en Syrie en 2013 et assurait la formation de 50 000 autres dans l’éventualité où le régime Assad soit renversé[10].

 

Le Hezbollah est-il un groupe « terroriste »?

Il existe des divergences à ce sujet. Le Conseil de coopération du Golfe (réunissant les monarchies islamiques du Bahreïn, du Kuwait, d’Oman, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis), le Canada, la France, Israël, les Pays-Bas et les États-Unis considèrent l’ensemble du Hezbollah comme étant une organisation « terroriste ».

Toutefois, le Royaume-Uni, l’Union européenne, la Nouvelle-Zélande et l’Australie jugent que seulement la branche militaire ou « l’organisation de sécurité externe » du Hezbollah est un groupe terroriste. L’Australie soulève que le Hezbollah, en tant qu’entité, constitue :

« Une organisation politique pragmatique profondément enracinée dans la société libanaise […] une organisation à plusieurs facettes, y compris des branches politique, sociale et militaire. […] [Elel] maintient un réseau d'assistance sociale qui englobe des services d’éducation et de santé. En tant qu’organisation politique à part entière, le Hezbollah collabore avec de nombreux organismes internationaux et gouvernements. Par exemple, le Hezbollah entretient des relations étroites avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) dans le cadre de la gestion de l’accord de cessez-le-feu au sud du Liban[11]. »

Le Secrétaire général adjoint de l’ONU, Mark Malloch Brown, considère la désignation de « terroriste » comme inappropriée, affirme que le Hezbollah, à certaines occasions, emploie des tactiques terroristes, et il critique l'organisation pour cela.

Plusieurs membres de l’ONU considèrent le Hezbollah tout simplement comme un groupe national de résistance et non pas une organisation terroriste, même en partie.

 

Comment le Hezbollah fonctionne-t-il?

Une relation pacifique avec les civils libanais : Les combattants du Hezbollah ne vivent pas dans des casernes, mais, plutôt, ils retournent chacun à leur maison une fois la bataille finie. Malgré les conséquences des attaques israéliennes sur la population civile libanaise, notamment en 1996, le Hezbollah est ressorti avec une réputation intacte au sein des chiites de ce pays. Sa rapidité et son efficacité à répondre aux besoins des civils – la plupart, mais pas uniquement, des musulmans chiites – dont les maisons avaient été ravagées a probablement renforcé son réseau de soutien. Il a versé entre 10 000 et 12 000 $ à tous ceux qui ont perdu leur maison pendant la guerre. Il semble que 15 000 familles sans-abri aient reçu des subventions, et que des architectes et ingénieurs affiliés aient travaillé à la construction des nouvelles maisons. Des médecins ont distribué gratuitement des médicaments et le Hezbollah a fourni environ 25 000 repas gratuits tous les jours pendant les semaines qui ont suivi le cessez-le-feu. Ses combattants ont laissé des reconnaissances de dette pour les articles qui ont été prélevés des magasins au cours de la guerre, et ils les ont apparemment honorés[12]. Contrairement à d'autres groupes islamistes tels que l’EIIL, le Hezbollah ne brutalise généralement pas la population civile dans les territoires sous son contrôle militaire.

La condamnation du terrorisme commis par d’autres groupes islamistes : Le Hezbollah a condamné les attentats du 11 septembre 2001 d’Al-Qaïda contre le World Trade Center. Nasrallah a également critiqué l’attaque contre l’ambassade danoise à Beyrouth à la suite de la publication de la caricature du « prophète » [13]. Le Hezbollah désapprouve fortement la brutalité de l’EIIL. Il a combattu ce groupe en Syrie et il le classifie comme une menace pour l’ensemble de la région.

Le traitement équitable des collaborateurs libanais avec les forces d’occupation d’Israël : Lorsqu’Israël s’est retiré du Liban en 2000, les forces du Hezbollah ont respecté l’ordre de Nasrallah de ne pas lyncher ni d’intimider ceux qui avaient collaboré avec Israël, « mais de plutôt laisser les tribunaux libanais se charger de leur cas[14]. »

Le caractère inconsistant du respect du droit international pendant les conflits armés. Il est important de souligner que le Hezbollah, en violation du droit international, ne fait pas toujours la distinction entre les cibles civiles et militaires lorsqu’il est engagé dans un conflit armé. Cela s’est avéré à certaines périodes pendant les combats contre d’autres groupes libanais ou syriens, ainsi que contre Israël.



[1] Hashemi, Nader. « What will rise out of Beirut's ashes? » Globe and Mail. Le 29 juillet 2006.

[2] BBC. « Profile: Lebanon's Hezbollah movement ». Le 4 décembre 2014.

[3]Shatz, Adam. « In Search of Hezbollah ». New York Review of Books. Le 29 avril 2004 et Seymour Hersh, « The Syrian Bet ». The New Yorker, le 28 juillet 2003.

[4] Hirst, David. Beware of Small States: Lebanon, Battleground of the Middle East. Nation Books. p. 198

[5] « LEBANON: The many hands and faces of Hezbollah ». Nouvelles et analyses humanitaires de l’IRIN. (UN OCHA). Le 29 mars 2006.

[6] Wright, Robin. « Inside the Mind of Hezbollah ».  Washington Post. Le 16 juillet 2006.

[7] Shatz, Adam. « In Search of Hezbollah ». New York Review of Books.  Le 29 avril  2004.

[8] Blanford, Nicholas. « To protect Shiites, Hezbollah imposes its own checkpoints in Lebanon ». Christian Science Monitor. Le 10 février 2014.

[9] Katz, Yaakov. « Israeli military studies Hezbollah's resilience ». USA Today. Le 13 septembre 2006.

[10] Cohen, Gilli. « Thousands of Hezbollah troops fighting, hundreds killed in Syria, study confirms ». Haaretz. Le 5 juin 2013.

[11] Australian National Security. Terrorist organizations. Hizballah's External Security Organisation (ESO). En ligne. Consulté le 9 septembre 2014.

[12] Norton, Augustus Richard. Hezbollah. PrincetonUniversity Press. p. 140-141.

[13] Wright, Robin. « Inside the Mind of Hezbollah », Washington Post. Le 16 juillet 2006.

[14] Cambanis, Thannasis. « A Privilege To Die: Inside Hezbollah’s Legions and Their Endless War Against Israel ». Free Press. p.

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