Fiche info 166, publiée en mars 2013: Après deux ans de guerre civile, le problème de réfugiés syriens a pris de très grandes proportions. Cette fiche-info explique le contexte de la crise, et ses conséquences en chiffres avant d’identifier les pays accueillant le plus grand nombre de réfugiés. Enfin l’aide parcimonieuse du Canada jusqu’ici est examinée.

La crise des réfugiés syriens

Série Fiche-info N.166, créée: Mars 2013, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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166a.pngQuelles sont les causes de la crise des réfugiés syriens ?

La Syrie est dirigée par la famille Assad et le parti Baath depuis 1970, au moment où Hafez al-Assad a pris le contrôle du parti et en est devenu président. Il a gouverné jusqu’à son décès en 2000, alors que son fils Bashar al‑Assad a pris le relais. Hafez a placé des membres de la même minorité religieuse que lui, la communauté alaouite, à des postes clés de l’appareil militaire et de renseignement. La majorité de la population syrienne est sunnite; les Alaouites forment une communauté minoritaire au sein de la minorité chiite. Même si Bashar al-Assad a promis des réformes lors de son arrivée à la tête du pays, la concentration du pouvoir politique et économique ainsi que les violations des droits de la personne qui ont marqué le règne de son père se sont poursuivies sous son régime. 

En février 2011, des manifestations modestes exigeant l’adoption de mesures contre la corruption, davantage d’emplois et une plus grande liberté d’expression ont vu le jour sous l’inspiration du « printemps arabe ». Les manifestations prodémocratiques se sont amplifiées et se sont transformées en protestations anti-Assad en mars après l’arrestation de nombreux adolescents qui avaient peint des slogans révolutionnaires sur le mur de leur école à Deraa. Les marches et les protestations se sont poursuivies et intensifiées sous les actions des forces de sécurité, comme des fusillades et l’assassinat de manifestants, déclenchant ainsi une agitation généralisée dans le pays. Les manifestations prodémocratiques ont toutefois continué. Tentant de maintenir Assad au pouvoir, les forces gouvernementales ont eu recours à une violence croissante, au moyen de leur artillerie et de leurs soldats, procédant à des raids sur les résidences, à des frappes aériennes et au bombardements des villes considérées hostiles au régime. Les soldats qui commençaient à résister aux ordres de tirer sur les manifestants ont été tués ou torturés. Cela a conduit à des défections et à la formation de l’Armée syrienne libre (ASL)  à la fin de juillet 2011. À mesure que l’ASL et les autres groupes armés opposés à Assad ont fait des gains militaires, dans certains cas, grâce aux armes fournies par les puissances étrangères, les forces gouvernementales ont riposté encore plus violemment. Le nombre estimatif de victimes s’élève à 70 000. Les forces de l’opposition ont aussi perpétré des atrocités à l’encontre des civils, mais dans une moindre mesure que les forces gouvernementales. La destruction des maisons, des écoles, des hôpitaux et des entreprises ont poussé les Syriens à fuir les zones de conflit à la recherche d’un refuge temporaire sûr. Plusieurs ont été forcés de fuir leurs maisons, de chercher refuge chez des parents ou dans des abris de fortune. D’autres sont pris au piège, craignent d’être pris entre deux feux ou d’être la cible de tirs durant leur fuite[1]. Des millions de Syriens ont abandonné leurs communautés et, dans certains cas, leur pays[2]. Voir la fiche info de CJPMO  « Principaux événements de la crise syrienne » pour en savoir davantage sur le conflit.

Toutefois, une portion importante de la population syrienne appuie Assad, ou du moins ne rallie pas les rangs de l’opposition. De nombreux Syriens pensent qu’il est préférable de garder un dirigeant que l’on connaît plutôt que d’être gouvernés par des chefs dont le mode de gouvernance n’est pas prévisible. Ils craignent une hausse dramatique de l’influence saoudienne ou américaine en Syrie ou encore un partage soutenu par des intérêts étrangers de leur pays.  Les minorités religieuses et ethniques (chrétiens, chiites, alaouites et druzes) craignent qu’un dirigeant sunnite soit moins enclin à les protéger contre les extrémistes musulmans sunnites que le ferait Assad.  Des rapports faisant état de violences à l’endroit des alaouites  et des Syriens pro-Assad perpétrées par l’ASL ont exacerbé leurs craintes[3]. Ni le régime Assad ni l’opposition n’a suffisamment d’appuis pour défaire la partie adverse.

 

166b.pngCombien y a-t-il de réfugiés et de personnes déplacées dans le pays?

Réfugiés : Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au 12 mars 2013, le nombre de réfugiés inscrits ou en attente d’inscription s’élevait à 1 100 579. Le HCR a déclaré que le nombre actuel de réfugiés syriens est probablement plus élevé, car bon nombre d’entre eux ne demandent à être inscrits que lorsqu’ils sont à court de ressources. Le nombre de Syriens qui fuient le pays chaque semaine a augmenté de façon significative depuis deux ans. Seulement depuis janvier 2013, 400 000 Syriens sont devenus des réfugiés[4]. Comme l’illustre le tableau démographique ci-dessous, environ la moitié des réfugiés sont des enfants, dont la majorité a moins de 11 ans. 

  

Source: Réponse régionale à la crise des réfugiés – Portail de partage de l’information - HCR, consulté le 12 mars 2013.

Personnes déplacées à l’intérieur du pays : Un nombre encore plus élevé de Syriens ont fui leurs maisons et sont déplacés à l’intérieur du territoire syrien. En juillet 2012, leur nombre était estimé à 1 million[5]. En février 2013, ce nombre est estimé entre 2 et 3 millions ou plus[6] [7] [8]. Bon nombre de réfugiés syriens manquent de ressources et doivent solliciter l’aide du Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS) et d’autres organismes. Il importe de souligner que près d’un demi-million de réfugiés palestiniens qui résident habituellement en Syrie sont aussi des victimes de la guerre civile syrienne[9].

 

Où les réfugiés vont-ils ?

 

Source: UNHCR, données reprises par l’Agence France Presse.

Des Syriens sont actuellement réfugiés en Jordanie, au Liban, en Irak, en Turquie et en Égypte. Leur dispersion diffère dans chaque pays. Au Liban et en Égypte, les réfugiés sont dispersés partout sur le territoire; ils sont installés dans plus de 700 municipalités de différente grosseur au Liban. En Irak, environ la moitié les réfugiés sont dans des camps, alors que l’autre moitié habitent avec la population irakienne. En Jordanie, 70 % des réfugiés syriens vivent au sein de la communauté, les autres se trouvant dans trois camps. La Turquie s’emploie à fournir de l’aide aux réfugiés placés dans les 17 camps se trouvant dans 8 provinces situées près de la frontière, tandis que des dizaines de milliers d’autres réfugiés ont cherché asile dans différentes villes[10]. Au début de mars 2013, la répartition des réfugiés était la suivante :

Jordanie

340 252

Liban

339 187

Turquie

258 000

Irak

110 663

Égypte

43 000

Source: Réponse régionale à la crise des réfugiés – Portail de partage de l’information - HCNUR, consulté le 12 mars 2013.

L’impact de cette migration massive dans les pays voisins est considérable. En effet, la population du Liban a augmenté de près de dix pour cent. En Jordanie, les services d’approvisionnement en eau et en électricité sont mobilisés au maximum et les services de santé et d’éducation sont surchargés. La Turquie a déjà dépensé plus de 600 millions de dollars pour l’installation de 17 camps de réfugiés, en plus de ceux qui sont encore en construction[11].

 

Quelle a été la réponse du Canada à la crise des réfugiés ?

Jusqu’à maintenant, le Canada s’est montré très parcimo-nieux dans son aide aux réfugiés syriens malgré le fait que l’ONU et d’autres organismes d’aide humanitaire peinent à répondre adéquatement aux besoins du nombre grandissant de réfugiés. Dans le cadre d’un effort interinstitutionnel, un Plan de réponse régional pour les réfugiés syriens a été mis sur pied et un appel d’urgence a été lancé pour recueillir 1 milliard de dollars, nécessaires pour subvenir aux besoins des réfugiés jusqu’en juin 2013. Il apparait néanmoins que les prévisions faites alors ont sous-estimé le nombre de réfugiés, lequel a déjà passé le cap du 1 million. Le Canada a promis une contribution de 25 millions de dollars lors de la conférence des donateurs au Kuwait à la fin de janvier 2013[12], ce qui représente à peine 1,6 % du total des revenus intérieurs bruts des pays donateurs de l’OCDE, alors que le Canada détient 4,5 % de ce total.



[1] « Syrians fleeing by the hundreds daily, says UNHCR ».  News Stories. UNHCR. 3 août 2012. Consulté le 21 février 2013. [En ligne].

[2] « Assad says Syria is victorious, even as rebels claim Raqa ». Your Middle East Mis à jour le 5 mars 2013. Consulté le 5 mars 2013. [En ligne].

[3] M. Layla. « For Many Assad Supporters, Other Paths Appear Riskier ».  Al‑Monitor. 5 août 2012. Consulté le 12 mars 2013. [En ligne].

[4] « UNHCR Chief: Syria refugees reach one million ». Communiqué de presse. UNHCR. 6 mars 2013. Consulté le 12 mars 2013. [En ligne].

[5] Wilkes, Sybella. « UNHCR gravely concerned about dramatic escalation of Syria exodus ».  News Stories. UNHCR. 20 juillet 2012. Consulté le 21 février 2013.

[6] « Syria: Mapping the Insurgency ». BBC News. 4 décembre 2012. Consulté le 27 février 2013. [En ligne].

[7] UN News Service. « Displacement in Syria giving way for serious gender-based crimes, warns UN official ». 26 février 2013. [En ligne].

[8] Internal Displacement Monitoring Centre. 3 millions de personnes déplacées dans le pays, nombre estimé par le gouvernement syrien en novembre 2012.

[9] En date de janvier 2012, environ 490 000 réfugiés palestiniens étaient enregristrés en Syrie et vivaient dans les neuf camps officiels et les trois camps non officiels en Syrie. Le gouvernement comme les forces antigouvernementa-les armées sont tous deux coupables d'avoir tué des réfugiés palestiniens ou de les avoir obligés, parfois en ayant recours à la force, à participer au conflit. Pendant la semaine du 21 décembre 2012, le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, à l'extérieur de Damas, fut la scène d'un affrontement particulière-ment violent entre les forces progouvernementales et antigouvernementales, ce qui a contraint à l'exode 100 000 des 150 000 réfugiés palestiniens qui y habitaient. En date du 22 février 2012, le nombre de Palestiniens réfugiés en Syrie ayant besoin d'aide humanitaire s'élève à 400 000; 4 092 Palestiniens ont déjà gagné la Jordanie tandis que près de 30 000 se sont rendus au Liban.

[10] « Priority projects under the revised Inter-Agency Syria Regional Response Plan (January to June 2013)  ». UNHCR. 1er mars 2013. Consulté le 12 mars 2013.

[11]« UNHCR Chief: Syria refugees reach one million ». Communiqué de presse. UNHCR. 6 mars 2013. Consulté le 12 mars 2013. [En ligne].

[12] CIDA. « Canada helps Syrians affected by ongoing conflict ».  30 janvier 2013.

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