Fiche-info 160, publiée en janvier 2013: Cette fiche-info revient sur la carrière de Robert Fisk et sur ses accomplissements en tant que journaliste international. Ce document discute également la controverse entourant Fisk, accusé d’être un partisan du régime Assad.

Robert Fisk : Journaliste international

Série Fiche-info N.160, créée: Janvier 2013, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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160.pngPourquoi Robert Fisk est-il aussi connu?

Robert Fisk est l’un des journalistes internationaux les plus connus dans le monde; il a à son actif plus de 30 ans d’expérience en matière de couverture du Moyen-Orient. Pendant toute sa carrière, il a fait des reportages sur une longue série d’événements historiques, et a démontré une aptitude unique à cerner les éléments moteurs de la politique et les problèmes sous-jacents responsables des conflits. Il a documenté les problèmes en Irlande du Nord dans les années soixante-dix, la révolution portugaise en 1974, la guerre civile au Liban (1975-1989), la révolution iranienne en 1979, la guerre soviétique en Afghanistan, la guerre Iran-Irak, la guerre de Bosnie, la première guerre du Golfe, la guerre civile en Algérie, la guerre du Kosovo, le conflit-israélo arabe dans ses grandes lignes. Il a également couvert les incidents internationaux majeurs, notamment le massacre de Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila au Liban, le massacre de Hama en Syrie et l’invasion américaine de l’Irak. Il a interviewé Saddam Hussein, l’Ayatollah Khomeini, Sadeq Khalkhali, Oussama Ben Laden, et de nombreux autres personnages influents et importants. Il a souvent critiqué la politique américaine au Moyen-Orient et ailleurs, en soulignant notamment le traitement injuste réservé aux Palestiniens par les États-Unis et Israël. De plus, il a critiqué les régimes corrompus et répressifs du Moyen-Orient, l’ignorance et l’indifférence affichées généralement par la communauté internationale à l’égard de la plupart de ceux qui souffrent à travers le monde et l’incapacité ou le manque de volonté actuels des journalistes à rendre compte de façon objective et indépendante de la situation au Moyen-Orient.

 

Comment Fisk a-t-il été reconnu comme journaliste?

Outre l’appui populaire et la reconnaissance qu’il a obtenus à l’échelle internationale, Robert Fisk a reçu plus de prix pour l’exercice du journalisme que tout autre correspondant étranger. Parmi ses nombreux prix et distinctions prestigieux citons les suivants : le prix de la presse d’Amnesty International UK qui lui a été attribué à deux reprises[1]; le prix du journaliste des affaires étrangères de l’année accordé par la presse britannique qu’il a obtenu à sept reprises; le prix Orwell pour le journalisme[2]; le prix Martha Gellhorn pour le journalisme; le prix Lannan pour la liberté de la culture; le prix Jacob; la médaille d’or de la College Historical Society pour sa contribution exceptionnelle au discours public; un doctorat honorifique en droit de l’Université de St Andrews[3]; un doctorat honorifique de l’American University et du Trinity College à Dublin.

Pourquoi certaines personnes contestent-elles sa couverture de la guerre en Syrie?

Faisant référence à la liberté et à l’objectivité journalistiques, Robert Fisk a déclaré une fois, « Il faut être capable d’écrire avec passion et avoir la liberté d’écrire alors que vous êtes en colère et pointer du doigt les méchants. Si je suis témoin d’un massacre, je n’hésite pas à dénoncer qui l’a commis et la raison pour laquelle je pense qu’il l’a commis[4]. » Dans cette veine, Fisk a toujours été réticent à suivre la ligne officielle occidentale au sujet du monde arabe. Il a formulé des idées qu’on retrouve rarement dans d’autres médias, et a souvent suscité la controverse et les débats dans le cadre de son travail journalistique et littéraire.

C’est le cas avec la Syrie. Les critiques ont fait valoir que dans ses reportages, Robert Fisk avait fait preuve d’une clémence inhabituelle à l’égard du régime Assad et qu’il s’était montré trop critique à l’égard de l’opposition et de sa base d’appuis. Les critiques affirment qu’après avoir visité la Syrie en compagnie d’officiers de l’armée, il a eu une image biaisée de la situation, une image favorable au régime en place. De plus, ils mettent en doute sa caractérisation des prisonniers politiques (de l’Armée syrienne libre) qu’il a traités de « jiha-distes islamiques » et l’accusent d’avoir « déformé ou mini-misé la nature des prisons en Syrie[5] ». Les détracteurs de sa couverture de la Syrie estiment que son approche du conflit syrien va à l’encontre de sa prétendue objectivité sans faille.

Les réponses à ces critiques affirment que les reportages de Fisk sur la Syrie sont équilibrés et objectifs, qu’ils ne favorisent ni le régime en place ni l’opposition. Ils estiment que de telles critiques sont adressées à Fisk parce que ses reportages ne reflètent pas la version officielle occidentale, qu’il refuse d’accepter, au pied de la lettre, toutes les accusations portées contre le régime Assad, et qu’il fait des commentaires parfois critiques envers l’Armée syrienne libre (p. ex. « Le gouvernement de Bachar al-Assad fait face à un ennemi futé, bien armé dont les partisans islamistes reçoivent une aide de l’Occident [et du Golfe][6][7] »).

Bien que ses opinions aient fait de lui une cible fréquente de la critique, ses reportages en provenance de la Syrie se poursuivent, motivés par son dévouement en faveur d’une information indépendante. « Lorsque nous, journalistes, ne parvenons pas à faire comprendre à nos lecteurs la réalité des événements, nous avons non seulement échoué dans notre tâche, mais nous sommes devenus partie prenante à des événements sanglants que nous sommes censés couvrir. Si nous ne pouvons pas révéler la vérité sur un attentat contre un avion civil – parce que cela nuira à notre “partie” dans une guerre ou parce que cela fera de l’un de nos pays “ennemis” une victime ou parce que cela pourrait perturber le propriétaire du journal pour lequel on travaille – nous continuerons alors à encourager les préjugés qui sont à l’origine des guerres… Pratiquer le journalisme peut être une activité mortelle[8]. »

 

Quels livres Robert Fisk a-t-il écrits?

Dans son livre le plus influent jusqu’ici, La Grande Guerre pour la civilisation : l'Occident à la conquête du Moyen-Orient, Robert Fisk couvre un large éventail de sujets portant sur l’histoire du Moyen-Orient moderne. Grâce à des entrevues qu’il a réalisées, les observations qu’il a faites et à une grande compréhension de la politique régionale, Fisk présente une œuvre très analytique et informative, condamnant l’oppression, l’injustice, la guerre, le génocide et l’impérialisme. Son dévouement envers le journalisme indépendant est particulièrement évident dans ce livre.

Bien que les chapitres ne suivent aucune chronologie historique particulière, Fisk présente une ligne du temps approfondie à partir de la naissance du prophète Mohamed jusqu’à l’an 2005. Les sujets traités comprennent l’Afghanistan (Oussama Ben Laden, Al-Qaïda, l’islamisme radical, les Moudjahidine, l’invasion soviétique, les États-Unis), l’Iran (le limogeage par l’Occident de Mohammed Mosaddeq, la révolution iranienne, la guerre Iran-Irak qui a suivi), l’Irak (l’Irak de Saddam Hussein, la première guerre du Golfe, la persécution des Kurdes et l’effet des sanctions de l’ONU sur les civils  irakiens), la Turquie (le génocide arménien de 1015 qu’il appelle « le premier holocauste », la poursuite du déni turc, le refus d’Israël et du Royaume-Uni de qualifier les événements de génocide), Israël-Palestine (le conflit israélo-arabe depuis les années quatre-vingt, la couverture médiatique du conflit prolongé, les troubles de chaque côté et l’usage disproportionné de la force par l’armée israélienne). Parmi les autres sujets traités, citons la guerre d’indépendance algérienne, les actions et le bilan passé du roi Hussein de Jordanie et de Hafez al-Assad de Syrie, et le Liban, dont l’assassinat de Rafic Hariri.

Ce vaste projet constitue une analyse multi-niveaux de l’histoire longue et instable du Moyen-Orient, dans le cadre de laquelle il ne nous épargne ni critique ni condamnation. L’intervention occidentale musclée est un thème récurrent de son livre. Les séquelles du colonialisme, associées à une approche impérialiste continue des affaires du Moyen-Orient a, selon Fisk, contribué de manière significative aux différentes crises que nous connaissons aujourd'hui. L'inspiration derrière le titre ironique du livre vient d'une médaille que son père a reçue au cours de la Première Guerre mondiale, laquelle avait été présentée à l'époque comme « la guerre pour mettre fin à toutes les guerres ».

Son profond scepticisme à l’égard des politiques occidentales a influencé sa réaction à un incident presque fatal en 2001. Après que sa voiture soit tombée en panne au Pakistan, un groupe d’environ 50 réfugiés afghans ont commencé à se rassembler autour de lui. Initialement amicaux, ils ont finalement commencé à le frapper et à lui jeter des pierres, lui causant de graves blessures à la tête et aux mains, jusqu'à ce qu'un chef religieux musulman intervienne et l’emmène au poste de police. Fisk en a surpris plusieurs en Occident quand il a réagi en disant qu’il pouvait comprendre leur colère, car beaucoup d’entre eux étaient des civils qui souffraient sous les bombardements américains de Kandahar. Il a déclaré, « Cela n’est pas une excuse pour me battre à ce point, mais ils devaient avoir une vraie raison d’haïr autant les Occidentaux [...] Je ne veux pas que cela soit interprété comme une foule de musulmans qui attaque un Occidental sans raison. Ils avaient toutes les raisons d’être en colère - j'ai moi-même été un critique virulent des actions américaines; si j’avais été à leur place, j’aurais fait la même chose[9]. »



[1]« Récipiendaire de plusieurs prix, le journaliste britannique Robert Fisk est le conférencier invité d’Amnesty en septembre, » Amnesty International, 2008.

[2] « Gagnants : Robert Fisk », Prix Orwell, consulté le 12 nov. 2012.

[3] « Diplômes honoraries, 22-25 juin 2004v », Université de St Andrews, consulté le 12 nov. 2012. http://www.st-andrews.ac.uk/news/archive/2004/Title,42816,en.html

[4] « Conversations with History: Interview with Fisk, » UC Berkeley, Accessed Nov. 12, 2012. http://globetrotter.berkeley.edu/people6/Fisk/fisk-con0.html

[5]“Syrian writer: Robert Fisk is indoctrinated by Syrian regime,” ahram online, Accessed Nov. 14, 2012. http://english.ahram.org.eg/NewsContentP/18/51930/Books/Syrian-writer-Robert-Fisk-is-indoctrinated-by-Syri.aspx

[6]“Robert Fisk: The bloody truth about Syria’s uncivil war,” The Independent, consulté le 14 nov. 2012. http://www.independent.co.uk/voices/commentators/fisk/robert-fisk-the-bloody-truth-about-syrias-uncivil-war-8081386.html

[7] « Syria dispatches: Robert Fisk’s independence », Daily News Egypt, consulté le 14 nov. 2012. http://dailynewsegypt.com/2012/09/20/syria-dispatches-robert-fisks-independence/

[8] Fisk, Robert. The Great War for Civilization: The Conquest of the Middle East. New York: Alfred Knopf, 2006. p. 271.

[9] « UK journalist beaten by Afghan mob », BBC, consulté le 12 nov. 2012. http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/1699708.stm

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