Fiche-info 88, publiée en juin 2010: De juin 2007 à juin 2010, Israël et l’Égypte ont imposé un blocus extrêmement rigoureux contre Gaza après que le Hamas, un parti politique islamiste possédant une branche militaire, eût pris le pouvoir du territoire en juin 2007. Suite à l’attaque d’Israël contre une flottille d’aide en route vers Gaza le 31 mai 2010 et aux condamnations internationales qui en ont résulté, Israël a fait quelques pas en vue d’un relâchement du blocus. Cette fiche d’information présente les justifications offertes par l’Égypte et Israël pour le blocus sur Gaza, explique la manière dont les deux pays ont maintenu ce blocus, liste les produits interdits et autorisés d’entrée à Gaza et explique les impacts du blocus sur la société et sur la santé des Gazaouis.

Le blocus de Gaza de 2007 à 2010

Série Fiche-info N.88, créée: Juin 2010, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 
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fs88a.pngQui met en place le blocus, et sous quels prétextes?

De juin 2007 à juin 2010, Israël et l’Égypte ont imposé un blocus extrêmement rigoureux contre Gaza après que le Hamas, un parti politique islamiste possédant une branche militaire, eût pris le pouvoir du territoire en juin 2007. Suite à l’attaque d’Israël contre une flottille d’aide en route vers Gaza le 31 mai 2010 et aux condamnations internationales qui en ont résulté, Israël a fait quelques pas en vue d’un relâchement du blocus. Alors que les détails sur cet « allègement » émergent, il est important de comprendre l’ampleur et la gravité de ce blocus de trois ans.

Alors que seuls Israël et l’Égypte imposent physiquement un blocus de Gaza, plusieurs autres membres de la communauté internationale – y compris le Canada et les États-Unis –ne l’ont pas remis en question et ne s’y sont pas opposés durant les trois premières années de son application. Israël justifie de trois façons la mise en place et le maintien de ce blocus: 1) La Charte du Hamas de 1988 contient des articles qui sous-entendent la destruction d’Israël[1]; 2) Des roquettes ont été lancées en direction d’Israël à partir de Gaza, tant par le Hamas que par d’autres groupes actifs à Gaza, dont certaines ont entraîné des blessures chez les civils et des dommages aux propriétés. Durant la dernière décennie, environ 29 personnes ont été tuées en Israël par des roquettes en provenance de Gaza[2]; 3) Israël considère également le Hamas comme un groupe terroriste.

L’Égypte soutient le blocus mis en place par Israël principalement du fait de ses relations avec les États-Unis et Israël. Pour des raisons idéologiques internes, l’Égypte tente d’isoler le Hamas et favorise généralement le Fatah – l’autre principal parti politique palestinien. Enfin, le Fatah, parti contrôlant la Cisjordanie, a fait pression sur l’Égypte pour l’application du blocus[3]. Les États-Unis et le Canada l’ont quant à eux traditionnellement soutenu, puisqu’ils acceptent la catégorisation par Israël du Hamas comme un groupe terroriste. Certains États européens l’appuient également, mais déplorent sa nature indiscriminée et son étendue.  

fs88b.pngComment le blocus est-il maintenu?

  • Israël a construit un mur de séparation de fer de 12 mètres de hauteur autour de Gaza.
  • Il n’existe que deux points pour entrer et sortir de  Gaza par voie terrestre : Erez au nord, contrôlé par Israël, et Rafah au sud, contrôlé par l’Égypte à la demande d’Israël et conformément aux perpétuels changements de loi décrétés par Israël.
  • L’Égypte construit actuellement un mur d’acier souterrain près de sa frontière avec Gaza afin d’empêcher les Gazaouis de creuser des tunnels de contrebande entre l’Égypte et Gaza.
  • Israël contrôle aussi l’espace aérien de Gaza ainsi que ses eaux côtières au-delà de trois kilomètres de la rive.

Quels produits sont interdits d’entrée à Gaza?

Depuis juin 2010, d’après l’Office de secours et de travaux des Nations Unies[4], la BBC[5], et le groupe israélien pour les droits de la personne Gisha[6], les produits suivants sont interdits d’entrée par Israël ou l’ont été à différents moments entre juin 2007 et juin 2010:

fs88c.png

Israël interdit également aux Gazaouis toute pêche à plus de 3 kilomètres de la rive, dans les sections plus profondes où on retrouve le plus grand nombre de poissons. Aussi, les restrictions imposées par le blocus sur les matériaux de construction et de traitement des eaux usées ont obligé les Gazaouis à les rejeter dans les eaux près de la côte. Ces rejets d’égout ont tué la plupart des poissons qui se trouvaient normalement à l’intérieur de la limite des trois kilomètres. Par conséquent, le poisson frais – traditionnellement à la base de l’alimentation des habitants de Gaza – s’ajoute à la liste des produits auxquels les Gazaouis n’ont pas accès depuis le blocus, une ironie vu l’emplacement de Gaza sur les rives de la mer Méditerranée. 

Comme mentionné plus haut, Israël interdit ou  restreint sévèrement l’accès aux matériaux de construction (par exemple le ciment, le bois, la vitre, les tiges d’acier, etc.) dans le cadre de son blocus. Cette restriction eu de graves conséquences sur la population de Gaza, notamment à la suite de la destruction par Israël de Gaza durant son attaque de 22 jours à l’hiver de 2008 et 2009. La population de Gaza n’est pas en mesure de reconstruire les maisons, les usines, les infrastructures civiles en raison du blocus, et plusieurs des habitants ayant perdu leur maison lors de la guerre contre Gaza logent toujours dans des habitations temporaires et précaires.

Quels produits sont autorisés d’entrée à Gaza?

Israël autorise certains produits alimentaires de base ainsi qu’une quantité extrêmement restreinte de ciment et d’autres matériaux de construction, ceux-ci devant être acheminés par l’intermédiaire de l’ONU et d’autres organisations internationales. L’accord de paix de 2005 reconnait que les Gazaouis ont besoin d’un minimum de 400 camions chargés de denrées alimentaires et d’autres marchandises par jour[7]. Depuis 2007, Israël a permis l’entrée de moins de 20% de ce nombre[8].

Quelles sont les répercussions du blocus sur la société et la santé?

Avant même l’attaque israélienne de l’hiver 2008-2009, le blocus avait gravement détérioré la santé physique des Gazaouis[9] :

  • En 2006, 31 pour cent des Palestiniennes enceintes et 45 pour cent des Palestiniennes allaitantes souffraient d’anémie.
  • 60 pour cent des enfants palestiniens réfugiés âgés entre 6  et 11 mois souffrent d’anémie.
  • 80 pour cent des résidents de Gaza dépendent de l’aide provenant de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) afin de combler leurs besoins nutritifs de base.
  • Les médecins de l’UNRWA traitent en moyenne 118 patients par jour, soit 40 pour cent de plus que les normes internationales.

Les bombardements ont laissé 100 000 Gazaouis sans domicile, et le blocus a rendu impossible la reconstruction des maisons, des écoles et des cliniques de santé, ce qui nuit gravement à la santé psychologique à long terme des enfants. Selon Salam Kanaan, directeur de Save the Children à Gaza : « La crise psychologique qui frappe les enfants de Gaza ne fait que s’alourdir. Des milliers d’enfants habitent toujours des maisons partiellement détruites ou surpeuplées par le regroupement de familles sous un même toit. Des centaines vivent toujours sous des tentes où ils risquent à tout moment de se faire attaquer par des meutes de chiens sauvages, et où ils ne peuvent se protéger de la pluie et du froid[10] ». Le Dr Ahmed Abu Tawanheena, directeur du Programme de santé mentale pour la communauté de Gaza (GCMHP), a travaillé avec les Gazaouis souffrant de traumatismes pendant 20 ans. Il note que le blocus intensifie l’impact des bombardements : « Maintenant, sous le blocus, ils [les enfants] voient l’impuissance de leurs parents à leur fournir les éléments essentiels à une enfance normale, dont une maison sécuritaire et une quantité suffisante de nourriture. Plusieurs parents se sentent humiliés par la situation et plusieurs enfants disent se sentir abandonnés par leurs parents et par le monde extérieur[11] ».



[1]  Pour plus d’informations, voir la fiche-info de CJPMO no 47, Le Hamas et la paix avec Israël, janvier 2009.

[2] « Q&A Gaza conflict », BBC, 18 janvier 2009. Sobelman, Batsheva. « Gaza rocket kills Thai worker in southern Israel », Los Angeles Times, 19 mars 2010. Le document de la BBC affirme que 28 personnes ont été tuées en Israël par des roquettes en provenance de Gaza entre 2001 et le 18  janvier. L’article du Los Angeles Times mentionne qu’un travailleur agricole thaï a été tué par une roquette en mars 2010.

[3] Pour plus d’informations, voir la fiche-info de CJPMO no 62, « Le rôle de l’Égypte dans le siège de Gaza », avril 2009.

[4] « Statement by Humanitarian Organisations, NGOs and UN Organisations On the Second Anniversary of the Gaza Blockade », United Nations Relief Works Agency. 17 juin 2010.

[5] « Guide: Gaza under blockade », BBC. 21 juin 2010.

[6] « Partial List of Items Prohibited/Permitted into the Gaza Strip », Gisha. Juin 2010.

[7]  McCarthy, Rory. « Small comfort for traders as Gaza blockade loosened » The Guardian, 6 avril 2010.

[8]  “About Gaza.” Free Gaza Movement. 

[9]  « Factsheet: Palestinian Refugee Children », Save the Children UK. Juin 2008.

[10]  « Children traumatised one year after Gaza offensive », Save the Children UK. 22 décembre 2009.

[11]  Ibid.

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