Fiche-info 35, publiée en janvier 2009 : Depuis 2001, les Palestiniens lancent des  roquettes de petite taille – mieux connues sous le nom de « Qassam » – contre les localités israéliennes voisines, notamment sur Sdérot et Ascalon, à partir de la bande de Gaza. De son côté, Israël tente souvent de justifier son recours à la violence contre Gaza pour essayer d’enrayer la vague d’attaques à la roquette. Malheureusement, les reportages qui traitent de ces attaques israéliennes et palestiniennes n’éclairent que trop peu le contexte dans lequel elles s’inscrivent.

Attaques de roquettes Qassam à partir de la bande de Gaza

Série Fiche-info N.35, créée: janvier 2009, Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient
 


35_b.jpgDepuis 2001, les Palestiniens lancent des  roquettes de petite taille – mieux connues sous le nom de « Qassam » – contre les localités israéliennes voisines, notamment sur Sdérot et Ascalon, à partir de la bande de Gaza. De son côté, Israël tente souvent de justifier son recours à la violence contre Gaza pour essayer d’enrayer la vague d’attaques à la roquette. Malheureusement, les reportages qui traitent de ces attaques israéliennes et palestiniennes n’éclairent que trop peu le contexte dans lequel elles s’inscrivent.

En date du 18 janvier 2009, un total de 28 Israéliens ont été tué par des roquettes Qassam depuis le début des attaques en 2001[1]. En revanche, comme le démontrent les graphiques ci-contre, pour chaque Israélien tué par une roquette Qassam, environ 100 Palestiniens ont été assassinés de diverses façons par Israël.

Les roquettes Qassam sont de petites dimensions : de 79 cm à environ 2 m pour les plus sophistiquées. Leurs ogives peuvent varier entre 0.5 kg et 10 kg. Les plus grosses roquettes ont une portée de 10 km[2]. Elles sont lancées à partir de lance-roquettes portables et peuvent être déclenchées à distance[3]. Puisqu’elles ne disposent de pas de système de guidage, elles ne sont pas d’une grande précision. Ainsi, elles sont dirigées vers des endroits peuplés plutôt que des cibles militaires[4].

Auprès de la communauté internationale, Israël justifie ces années de violence dans la bande de Gaza par la nécessité de décourager les attaques de Qassam[5]. Cependant, en plus du faible nombre de décès liés à ce genre d’attaques, les autorités de l’armée israélienne admettent que ces roquettes constituent « davantage une source de menace psychologique que physique »[6]. Même si des roquettes technologiquement plus sophistiquées étaient déployées, seulement 2.6 % de la population israélienne se retrouverait dans leur rayon d’action[7].

Selon les autorités du Hamas, les attaques à la roquette constituent le meilleur moyen à adopter dans la résistance face à l’occupation d’Israël sur les territoires palestiniens. Le chef du Hamas, Mahmoud Al-Zahar, affirme que son mouvement préfère les attaques à la roquette plutôt que les attentats suicides puisqu’elles « entraînent une migration massive, perturbent profondément le fonctionnement du quotidien et de l’administration gouvernementale, en plus de générer un impact [très] important… Nous ne subissons aucune perte et la marque laissée est majeure du côté israélien »[11]. Ainsi, du point de vue stratégique du Hamas, les attaques à la roquette sont appelées à se poursuivre jusqu’à ce que l’occupation illégale de la bande de Gaza par Israël ne soit modifiée d’une quelconque façon.

 

Quel est le sentiment des Palestiniens face aux attaques Qassams?

On retrouve deux tendances dans la perception des Palestiniens face aux attaques à la roquette. D’un côté, selon un sondage effectué à la fin janvier 2008, une faible majorité (53 %) de Palestiniens croit que les tirs de roquettes à partir de la bande de Gaza doit cesser, alors que 43 % sont en faveur de ceux-ci[12]. Ces données reflètent un changement de position au sein de la population quand on les compare à celles d’un autre sondage mené en mai 2007, où 51 % des Palestiniens étaient pour les attaques, alors que 43 % étaient contre. Par contre, 66 % des Palestiniens soutenaient que les attaques à la roquette n’entraînaient « aucun véritable bénéfice pour les Palestiniens »9. D’un autre côté, comme le souligne Dr Eyad Sarraj, psychiatre de la bande de Gaza et fondateur du Programme communautaire de santé mentale de Gaza, « il n’existe aucun mouvement populaire contre les attaques à la roquette. Comment des gens peuvent-ils s’opposer à ce genre de résistance lorsqu’il n’y a aucun espoir de voir l’occupation prendre fin? Israël a perpétré un massacre [le 15 janvier 2008] où19 personnes ont été tuées, dont le fils de Mahmoud Zahar [chef du Hamas]. Les gens applaudissent les tirs de roquettes contre Israël et vont continuer à le faire jusqu’à ce qu’il y ait un espoir de voir Israël mettre un terme à l’occupation et qu’elle redonne aux Palestiniens leurs terres, leurs droits et leur liberté »[13].

 

Quelle est la dimension légale des attaques de Qassam et de la violence israélienne?

Les attaques de Qassam et la violence israélienne à Gaza sont illégales en vertu du droit international humanitaire (DIH). Puisque les roquettes Qassam ne peuvent être tirées avec précision et qu’elles s’abattent sur des populations civiles, elles contreviennent au DIH. Ce dernier interdit toutes attaques à l’aveuglette ou ciblées contre les civils et les biens publics[14]. Du côté d’Israël, son siège de la totalité de la bande de Gaza ainsi que les divers assauts qu’il y perpètre sont explicitement interdits par le DIH. Selon le DIH, la puissance occupante doit s’assurer que la population civile dispose d’un approvisionnement suffisant à son bien-être économique, son alimentation, ses soins médicaux, son éducation et sa propriété : toutes des dispositions violées par Israël au cours de son siège. De plus, les attaques israéliennes contre les « présumés » militants, qui entraînent des pertes dans la population civile, ne respectent pas les clauses de protection des civils que prévoit le DIH. Une série de causes judicaires ont également été montées par des organisations de droits humains démontrant hors de tout doute que la bande de Gaza fait l’objet d’un châtiment collectif[15].

 



[1] « Q&A Gaza conflict ». BBC, 18 janvier 2009

[2] N.B. Quoiqu’il s’agisse d’un fait rare, des roquettes russes « Grad » ont été tirées par des groupes militants palestiniens depuis le début de 2008. Elles ont une portée de 20 km.

[3] « Attaques à la roquette à partir de la bande de Gaza, 2000-2007 ». Centre d'information sur les renseignements et le terrorisme du Centre israélien de renseignements, du patrimoine et de la commémoration, décembre 2007, p. 48-61

[4] Ibid. p. 14

[5] Il existe de nombreux exemples de déclarations publiques. Lire entre autres « IAF fires missile at two armed Palestinians in north Gaza ». Mijal Grinberg, Yuval Azoulay et Amos Harel. Haaretz. 11 février 2008

[6] « Defense Ministry: Trade with China resumed ». Hanan Greenberg, www.ynetnews.com (The Yedioth Group), 3 janvier 2006

[7] « Rockets from Gaza: Facts and Figures »Centre anglo-israélien de communications et de recherche. 21 février 2008

[8] Source: The [Israeli] Intelligence and Terrorism Information Center (chart generated by Wikipedia user).

  http://www.terrorism-info.org.il/site/home/default.asp accessed Apr. 28, 2008

[9] Sources: For 2005-2007, “OCHA Special Focus, occupied Palestinian Territory: Israeli-Palestinian Fatalities Since 2000 - Key

  Trends,” UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, August, 2007. Note that data for 2007 represents monthly

  fatality averages through August, 2007. For 2008, data obtained through end of March, 2008 from the Middle East Policy

  Forum “Conflict Statistics”: http://www.mepc.org/resources/mrates.asp, accessed April 28, 2008

[10] Source: “Rocket Threat from the Gaza Strip, 2000-2007,” Intelligence and Terrorism Information Center at the Israeli

  Intelligence Heritage and Commemoration Center, December 2007, p. 74

[11] « Weapon of Terror: Development and Impact of the Qassam Rocket » Margaret Weiss. The Washington Institute for Near

East Policy, 11 mars 2008

[12] « Palestinian Majority Opposes Rocket Attacks ». An-Najah National University, données rapportées par Angus Reid Global

Monitor, 1er février 2008. http://www.angus-reid.com/polls/view/29754/palestinian_majority_opposes_rocket_attacks

[13] « Gaza is quite a dynamic place now ». Entrevue avec Eyad Sarraj par openDemocracy. 29 janvier 2009 2008. Site interne :

http://www.opendemocracy.net/article/conflicts/gaza_is_quite_a_dynamic_place_now_an_interview. Consulté le 28 avril 2008

[14] Lire « Hamas Must End Attacks Against Civilians ». Human Rights Watch. 9 juin 2005

[15] Lire « Human Rights in the Occupied Territories, 2007 Annual Report » B’Tselem. Décembre 2007, p. 13-18

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